25 janvier 2008

Coup de pouce... dans l'cul !

Pas que le frénétique Président qui sait adroitement nourrir les médias.

L’image irrésistible de la propagande commerciale de la Société générale, c’est le gentil pouce qui, en toute occasion, fait le geste souteneur, voire salvateur. A l’époque, découvrant le nouveau symbole de l’établissement financier, mon esprit mal placé a immédiatement dérapé : pas besoin d’un grand écart pour que le coup de pouce se transmue en doigt mal placé.


Puéril rapprochement, je l’admets. Pourtant, l’opération de communication de la troisième banque française n’en est aujourd’hui pas si loin. Elle annonce sept milliards de pertes (ce qui correspond à plus de deux ans du chiffre d’affaires d’une société comme TF1), mais dont les deux tiers seraient indépendants de la volonté du gentil pouce bancaire. Le coupable de cet abysse financier : un infâme trader livré en pâture au Média à quatre têtes (TV, radio, presse et Internet) qui se pourlèche de sa bobine version photomaton flou, de son banal parcours rapidement brossé, et même du message de son répondeur hors service. Trémoussements du Média qui a enfin son sujet économico-bancaire sexy en lieu et place de l’indigeste scandale des subprimes qui hoquette depuis août 2007.

Résultat de l’opération Poupouce : les premiers titres se focalisent sur l’homme qui perdit cinq milliards, laissant loin derrière les deux autres ridicules envolés dans les choix désastreux d’achats de créances irrécouvrables, et ce avec la bénédiction de la direction bancaire. De là à imaginer de commodes vases communicants pour charger la mule-trader : le pouce reste songeur dans la bouche…


Pourtant, de multiples experts financiers s’époumonent à rappeler qu’un tel gigantisme de pertes cumulées sur une année par un seul et obscur courtier s’avère totalement impossible, sauf à mettre immédiatement à bas les multiples procédures de contrôle en place. Face à ce scepticisme, un homme, turgide, le gouverneur de la Banque de France croit sur parole la version Poupouce…

En attendant, le Tchernobyl financier suit son cours, quitte à nous rappeler douloureusement, tôt ou tard, que les pouces bancaires ne servent pas qu’aux soutiens bien placés. En effet, le vrai scandale, mais de nature mondiale celui-là, et portant probablement sur des centaines de milliards d’euros, c’est l’opportunisme poussé à l’absurde. Des organismes de crédit et des banques acharnés à fourguer des prêts immobiliers à des individus n’ayant manifestement pas les moyens pour rembourser, et empressés de vendre ces créances douteuses annoncées à haut rendement à des traders en quête de juteux placements. La titrisation systématique a donc infecté le réseau financier mondial, et ce jusqu’en France, contrairement aux premières allégations rassurantes de responsables politiques.

La purge s’avère bien nécessaire, mais sans pour autant accorder un quelconque crédit idéologique aux anticapitalistes prêts à descendre globalement le système. A se focaliser sur les indéfendables dérives du « capitalisme financier », pour reprendre le quasi pléonasme du directeur de Marianne, les révolutionnaires rouges s’ébrouent, ravis de légitimer leur argumentaire de mise à bas du système vicié.

Par ce malhonnête raccourci, on condamne l’outil parce qu’il a été utilisé à mauvais escient. Curieux réflexe intellectuel. A ce compte, interdisons l’agriculture puisque des sagouins empoisonnent nos sols, éradiquons la production industrielle face aux infectes exploitations humaines de quelques enseignes, vomissons le tertiaire empuanti par des escrocs de tout acabit… stérilisons l’espèce humaine, par la même occasion, à force de se désespérer des salopards qu’elle accueille dans ses rangs.


Certes, le libéralisme à tout prix, étendu à l’économie virtuelle, connaît sporadiquement ces hoquets, ces décrochages qui paniquent les détenteurs de titres. On peut être pour le capitalisme sans réserve, et considérer comme caverneuses les hystéries de la finance mondiale.

Internet a eu sa bulle boursière inconsidérément gonflée pour, un beau jour, ruiner les plus aveugles. Pourtant, depuis, Internet grandit toujours, tel un univers en expansion, et fait la fortune des plus avertis. La marque Google n’est-elle pas reconnue comme potentiellement la plus chère, avant Microsoft et Coca-Cola ? Les pionniers de cette dimension du réseau mondial n’avaient donc pas tort de croire aux potentialités économiques du système virtuel, mais le grégarisme des amateurs a fait imploser les valeurs attribuées à des milliers de jeunes pousses du Net soutenues inconsidérément par des pouces bancaires… Encore eux !

Aujourd’hui, toute la complexité des causes des baisses boursières ne doit pas occulter la dérisoire simplicité du suivisme, de l’amplification des rumeurs, de la méfiance soudaine, du chaos cultivé.

On doit, bien sûr, pointer l’inconséquence d’organismes financiers atteints de prêtite aigue, on doit soupçonner les agences de notation des émetteurs d’emprunts de s’être, au mieux, vautrées dans la complaisance, au pire d’avoir masqué les difficultés de ces organismes qui financent leurs prétendus contrôles.


Il ne faut pas, pour autant, négliger les grossières ficelles psychologiques qui déterminent, et c’est là le point inquiétant, une bonne partie de la santé économique mondiale.

Comme souvent, ce n’est pas le système qui présente des vices, mais les vices humains qui dénaturent le système.

01 janvier 2008

Les tics du pouvoir

La France est dirigée comme une parade aux numéros frénétiques. Les annonces de réformes se succèdent sans que l’on sache la réalité de leur application. Les intentions de remuer un peu l’hexagone demeurent louables, mais la traduction comportementale excède un nombre croissant de citoyens.

Les guetteurs de l’autre rive, d’ailleurs, ne se privent pas de fustiger tous azimuts sans même se soucier qu’on puisse les confondre en flagrant mensonge. Ainsi stigmatisent-ils les mesures baptisées « paquet fiscal » comme étant destinées à caresser les riches dans le sens de leur fortune, alors que plus de 80 % des dispositions visent les ménages des couches modestes et moyennes : la gauche n’est même plus « ce grand cadavre » sartrien, mais une mesquine charogne à la dérive.


Aux objectifs gestionnaires et structurels s’ajoutent les choix diplomatiques entre novation et perdition. Lorsque la nécessaire realpolitik s’encombre d’un zèle d’indigne copinage, cela donne les félicitations au vorace Poutine, extrême intelligence du pouvoir despotique maquillé en démocratie. Lorsque la diplomatie fait se coucher la République au nom d’une fumeuse réintégration au sein du concert discordant des nations et de quelques torche-culs commerciaux, cela renforce les courbettes mal placées à l’indignitaire de Libye qui devrait se reconvertir en animateur bidonnant de harems pour flasques bonhommes libidineux.


Le Kadhafi aura eu le mérite, par ses extravagances, de révéler l’ambivalence de notre président : impitoyable avec les oppositions intérieures, incendiaire avec ses fidèles équipes, il verse dans le convenu, le feutré, la retenue prétendument nécessaires sitôt la claque donnée par un potentat sanguinaire. Combien, pourtant, le panache élyséen eût été flamboyant, et point flétri et crotté comme il est devenu, si l’on avait reconduit à l’aéroport par l’oreille la loutre frisottée et toute sa sordide clique !


Le Noël m’a apporté, entre autres présents, le De Gaulle d’Yves Guéna, plongée documentée de multiples fac-similés qui soulignent l’extrême dignité du général de la France libre.


A quarante ou soixante ans de distance, que subsistera-t-il de la trajectoire du Sarkozy courant ? Aux lignes rapides des appels de l’honneur outre manche, quelques griffonnages insipides sur le menu du Fouquet’s ? A la phrase lapidaire, sur modeste format A5 mettant fin à ses fonctions après une défaite indirecte, mais qui marquait sa haute conscience d’une rupture avec l’opinion, les abondances médiatiques du « court sarko show » démultipliant annonces et explications, initiatives et déplacements pour occuper puis embrumer les esprits ?


Espérer l’impact de cet activisme pour le pays c’est négliger la réalité d’une Europe qui régit et d’une mondialisation qui détermine les fondamentaux économiques. Pour nous rassurer sur la modernité du pouvoir, il nous reste la transparence sentimentale d’un président au goût, ma foi, exquis en matière féminine. De l’ex compagne du feu Martin à l’ex mannequin Bruni, que j’encensais déjà en 1995 pour son intelligence relationnelle, le pouvoir s’active au gré des paillettes pour s’étourdir.


Que le paysage politique prenne enfin la mesure du seul vrai clivage qui doit recomposer les partis prétendant au pouvoir ou se cabrant dans la contestation urticante : l’Europe et la suite de sa construction. Le reste, la gestion du pays, obéit à de tels impératifs, indépendants de notre volonté, à moins de croire au salut de notre isolement autarcique, que les antiennes idéologiques s’apparentent de plus en plus à des barouds d’honneur.


Reste à jauger l’année 2008 qui s’amorce, sans doute truffée de désillusions avec un cinquantenaire chichement fêté d’une Ve, pourtant toujours gaillarde, au profit des dix ans claironnés d’une certaine victoire.