31 décembre 2010

Blanc-seing de Saint-Sylvestre

Nuit dernière, petite poussée d’angoisse en focalisant sur l’implacable finitude existentielle. Chacun affairé à l’intendance de sa vie, les entrevues se raréfient et l’on se leurre sur la réelle teneur des liens. Reste-t-il amitié, affection lorsque plus une réunion, plus un appel ne ravive le rapport ? Les années défilent et ramènent l’être sur lui, comme un repliement nécessaire ou imposé.

Voile du temps, errance inextricable, je néglige de substantifiques nectars, alimenté par le pourtour des os en vrac. La Camarde veille, camarade pernicieuse de nos instabilités nocturnes. Dérailler régulièrement pour garder saine sa rectitude et qu’elle ne se colore point du renoncement.

Trions nos échecs et ne conservons à portée que les recyclables, malléables en vue d’un décorum assimilable. La fresque de l’irréalisé se travestit en esquisse d’un passé idéalisé. Au souffle des sens j’égrène les laps de plaisir sans toujours accepter l’inhérence du prisme choisi.

Encore une indigeste tambouille sémantique ? Oui, et j’emmerde bien nettement les ennuyeuses linéarités narratives. Je n’écris pas pour raconter mais pour fendre l’expression sous toutes ses coutures. Ne jamais s’interdire la fulgurance de rapprochements au pays des vocables enchanteurs. A la morne plaine les frileux du bulbe qu’une saignée littéraire effarouche… Mièvre fièvre de celui qui campe dans le vocabulaire consensuel, bien de chez mou, plat convenu pour lecture élémentaire. Ne surtout pas s’y résoudre…

L’obsession d’être accessible, compréhensible hypothèque la palette scripturale un peu à la façon d’un cyber-shot qu’on priverait de quelques millions de pixels. Ne se soucier que de la densité de ses ressentis et ne pas s’encombrer des contraintes pour atteindre la multitude. Le Net a cette vertu de pouvoir laisser sa trace sans se soumettre aux fourches financières. Aux enfers du commerce les pseudos éditeurs à compte d’auteur, ces captateurs de fonds pour pondre quelques tas de papiers encollés.

(J’apprends ce matin, par courriel, qu’un de mes stagiaires en préparation du concours de SPP est décédé le 24 décembre dans un accident de voiture. Pensée pour sa famille endeuillée. Lundi matin, je commence avec le groupe amputé d’un de ses sympathiques membres.)

06 décembre 2010

De WikiLeaks à WikiShit

L’incontinence informative obéissant aux vagues délatrices d’anonymes vengeurs ou revanchards : voilà la charte effective de WikiLeaks. La finalité du Robin des Troie Julian Assange ne s’encombre pas de demi-mesure : devenir « l’organe de renseignements le plus puissant du monde » nourri par la trahison professionnelle portée au pinacle. Tout savoir sur tout, la transparence comme vertu première quitte à mettre en danger ceux dont les noms figurent sur des documents épars, récoltés au hasard des fuiteurs, est-ce la nouvelle étape de la mondialisation ?

Lorsqu’un Etat appelle à la dénonciation on ressent cela comme une facette à vomir du pouvoir ; lorsque cela émane d’une association privée certains se pâment devant l’initiative.

Absence salutaire dans ce bazar mis en ligne : aucun document ne venant conforter les dérives conspirationnistes comme celle des Faurisson du Onze Septembre, tout simplement parce que ces thèses ne reposent sur rien. Les coulisses diplomatiques américaines ne révèlent rien de fracassant et viennent plutôt au crédit de cette démocratie tant décriée. Allons maintenant fouiller les correspondances privées et les parcours des actants de WikiLeaks : on trouvera sans peine dans cette foule de la saloperie minable, de l’opportunisme cynique voire du criminel…

Ce site se focalise principalement sur les Etats-Unis, mais sa crédibilité ne vaut pas tripette s’il n’obtient rien sur les réseaux terroristes, sur les intégrismes divers et sur les mafias disséminées : où est l’éthique du renseignement si l’on se limite aux cibles démocratiques où les informateurs ne risquent pas réellement leur peau ?

Projetons-nous dans un siècle ou deux : un lointain descendant de WikiLeaks, que les détracteurs de la dérive pourraient baptiser WikiShit. Un peu à l’image des progrès fulgurants pour scruter l’univers, se profilera une génération de satellites observateurs associés aux innombrables données qui se cumuleront pour chaque individu. Imaginons qu’une organisation publique ou privée décide de traquer tel ou tel. Entre l’observation directe et la captation de ses traces thermiques, voire génétiques, l’IP d’un individu-cible ne le laissera pas en paix une seule seconde. Sans intérêt à l’égard de la majorité de la population, cet outil se concentrerait sur les délinquants (présumés ou réels), sur les personnalités perçues comme subversives et sur ceux occupant des postes stratégiques. Même goût pour la transparence et des moyens technologiques permettant la traçabilité totale de la cible. A qui, pour quelle finalité, cette arme sociale ? Un Big Father autrement plus puissant que le grassouillet frère d’Orwell.

Restera l’angle mort d’une vie : celui du renoncement à sortir du lot pour ne pas se retrouver avec une surveillance satellitaire imparable et violatrice de tout ce qui forme la part secrète nécessaire d’une existence équilibrée. Ainsi, la mondialisation de l’information aura non seulement rétréci l’espace-temps, mais sera aussi parvenue à amputer l’humanité de sa part vitale : la confidentialité choisie et la discrétion maîtrisée.

10 novembre 2010

Pandémonium... pour rire

Nos Présidents
Général ayant connu des débuts difficiles, notamment par une difficulté à se faire entendre des Français : quatre terribles années pour son Appel et douze ans pour son discours de Bayeux. Lui, au contraire, a parfaitement compris les démons de son peuple : une épuration, mais pas trop longtemps, une décolonisation, mais pas trop vite, la chienlit, non ! Le gaulliste demeure encore aujourd’hui le déguisement préféré de nos politiques.

Sa prescience des facteurs qui devaient compter l’a poussé à déclarer, en pleine période des Trente Glorieuses, que l’emploi serait à considérer comme un problème permanent, non traitable définitivement, mais que l’on devrait accompagner pour en atténuer les conséquences.
Lors de son dernier Conseil des ministres, le visage gonflé par son traitement, il confie à l’assemblée qu’il « souffre comme un damné ». Le contraste entre les responsabilités considérables assumées et le tiraillement constant de souffrances atroces qui vous incitent à l’abandon de poste, mérite le respect posthume de l’homme d’État.

Ci-gît une présidence au d’Estaing contradictoire : des intentions modernistes, un phrasé IIIe République, un physique d’Ancien Régime.

Mitterrand (François)
L'homme a su satisfaire jusqu'au tréfonds son ambition politique, s’accordant un septennat bis en assumant les contradictions de cette longévité présidentielle. Pour résister aux coups de boutoir quotidiens, aux tentatives de sabordage de son système, aux dénonciations en rafale des noirceurs de son labyrinthique passé, il a su intégrer les propriétés de la toile cirée. L’esprit agile, le caractère déterminé, il s’est imperméabilisé : et s'écoulent les éclaboussures...

Chirac (Jacques)
Autruche présidentielle. Bien caché dans son sable élyséen, il n’a toléré aucun affront, aucune remise en cause de sa superbe avec ses gourdes, ses ratages et ses écarts lexicaux.
Sa plus belle trouvaille institutionnelle, après la dissolution de sa majorité parlementaire en 1997 : la promulgation fantôme du CPE ! Mitterrand déblatérait sur Le Coup d’État permanent du chef historique de la France libre ; la première décennie du siècle se sera avachie dans les à-coups du fat déprimant.

A quarante  ou soixante ans de distance, que subsistera-t-il de la trajectoire du Sarkozy courant ? Quelques griffonnages insipides sur le menu du Fouquet’s ? Les abondances médiatiques du « court Sarko show » démultipliant annonces et explications, initiatives et déplacements pour occuper puis embrumer les esprits ?
Paradoxe : les mêmes qui se sont ingéniés, depuis quarante ans, à désacraliser la fonction présidentielle se courroucent aujourd’hui d’avoir un chef d’Etat aux écarts de buvette. Les Américains ont eu leur Bush, innommable vulgarité politique pour les condescendants Français qui ont porté au pouvoir celui dont ils connaissaient sans ombre le Cirque d’Etat permanent. Toujours insatisfait, toujours à s’en prendre à ceux qui ont la charge de gouverner ce pays, le peuple de France maintient son ancestral penchant à brûler ses idoles, même lorsqu’elles lui ressemblent jusqu’au bout des mots.

Quelques Premiers ministres
Debré (Michel)
Mitterrand, lorsqu'il assumait les fonctions de ministre de l'intérieur, avait rassemblé suffisamment d'éléments pour décapiter le père de l'E.N.A., futur artisan de la Constitution de la Vème République. Pas un mince gibier donc. Debré, mis au parfum, vint pleurnicher dans le bureau du ministre, le suppliant de ne pas révéler l'affaire.
Quelques années plus tard ce même Debré, le vent en poupe, décide d'achever politiquement le Mitterrand en phase descendante. Il charge son ami Pesquet d'amener le futur Président à la bonne idée d'un faux attentat qui pourrait le remettre à l'avant-scène médiatique. « Il faudrait faire en sorte que l'idée vienne de lui » comme dans le film L'aile ou la cuisse de Zidi. Le parlementaire remplit sa mission d'approche et de suggestion. La révélation de la supercherie ne tardera pas, évidemment.

Fabius (Laurent)
Scandale autour du Centre national de Transfusion sanguine qui aurait, en 1985, injecté du sang contaminé par le virus du sida à des hémophiles, alors que des techniques existaient pour stériliser le sang. Les inculpations défilent et Fabius saponifie un max. Le voilà qui revendique le droit à la dignité et qui défend son honneur. Le fœtus du monde politique nourrit ses convictions de poncifs douceâtres et de colères avec petits poings en avant.
Dieu Tout-Puissant, si tu existes un tant soit peu, fais que le Fafa ne pose jamais son derrière sur le trône élyséen. Fanfan le vieux nous aura suffi. (1991)

Le piquant Rocard n’a pas pu décoller de l'oubliette, en tête de proue sur la liste chiassocialiste et en prétendant élyséen. Son Little Big-bang vient de lui péter à la gueule, ce qui doit réjouir Fanfan Mité. Recalé, Rocard laisse les intellectualisations au ronronnant Delors. (1994)

Mitterrand son quatre heures et sa Cresson toujours vivants, aux dernières nouvelles. (Novembre 1991)

Quand j'appris la nouvelle de son suicide, je roucoulais avec ma douce Kate dans le Grand Hôtel de Cabourg où nous avions décidé de passer un week-end prolongé. A nuitée, découvrant en voiture les beautés alentour, je gardais au fond de la gorge un étrange relent de dégoût pour la clique médiatique, qui enterrait hier et désormais encense le feu Premier Ministre.
Pour l'homme, sensible jusqu'à la moelle, je ruminais l'impression confuse d'un magistral gâchis. Ce petit homme, si anodin à première vue, cachait probablement une loyauté trempée qui, au-delà d'une compétence sans cesse améliorée par sa remise en cause quotidienne, alliait sa survie au sens de l'honneur. Je reste profondément ému de cette intime tragédie.

Balladur (Édouard)
Il n'a pas résisté aux gueulantes des jeunes agités. Les démocrasses ne peuvent plus rien faire à la tête d'un régime mou. Incapable de mater les vandales et les voyous déterminés au destroy de ce qui est à leur portée, incapable d'imposer ses vues à une jeunesse en quête d'un avenir sécurisant, ce gouvernement liquéfié va barboter jusqu'aux élections présidentielles, ne se risquant pas aux grands coups de latte dans le fondement dont a besoin notre société. (1994)

Juppé (Alain)
Il choisit de lancer de profondes réformes pour assainir les comptes du pays, mais sa méthode, pour faire passer ces nouveaux efforts, se révèle désastreuse et autorise tous les à-peu-près des grévistes.
La réaction gouvernementale pouvait se résoudre à une alternative simple : négocier immédiatement ou réprimer efficacement. Faire l'autruche est la pire des attitudes. Jouer le pourrissement en donnant l'impression d'une fermeté accommodante, c'est risquer la réaction violente des gesticulateurs.
Au bout du compte, Juppé en viendra à négocier plus ou moins profondément son plan, et le pays aura perdu quelques semaines, quelques milliers d'entreprises contraintes au dépôt de bilan et sa crédibilité sur la scène internationale. (10 décembre 1995)

Jospin (Lionel)
Le miraculé Jospin, que le pouvoir a transfiguré au point de lui redonner une bouille regardable, sans yeux globuleux et bouffissures inquiétantes, est passé chez Big Média d’Arvor, les gonades étatiques bien gonflées pour lustrer sa pilule et distribuer les baisses fiscales à tous vents. Peu enclin à le critiquer, je peux l’avouer. (2000)

Raffarin (Jean-Pierre)
Face aux braillards inconséquents de la rue, un certain panache du Raffarin. Passé chez notre institution journalistique, l’inaltérable Poivre d’Arvor, le Premier ministre a communiqué très limpidement, sans pathos excessif, sans technocratisme rébarbatif, mais en remettant les réformes vitales proposées en perspective : une réforme des retraites, étalée sur dix-sept ans, ne peut s’assimiler à un coup de massue ou de poignard comme le beuglent les fonctionnaires grévistes. A ne revendiquer que pour la sauvegarde de leurs illégitimes privilèges et faire accroire qu’ils se battent aussi pour le secteur privé, les employés à vie confirment la pesanteur pachydermique du système public. Le corps enseignant du public abonde dans cette sale manie de rejeter tout changement au nom d’un ensemble disparate dont le socle commun fantasme dans des interprétations abusives des intentions du gouvernement. Les mises au point ont donc été faites, ce qui ne calmera pas les excités sociaux. (Mai 2003)

De Villepin (Dominique)
Dans La tragédie du président de Franz-Olivier Giesbert, il apparaît comme le plus imbu de lui-même, et son discours off comme le plus en décalage avec sa tartine démagogique officielle. Habitude langagière révélatrice du personnage : tout ramener au fait « d’en avoir ou pas… » dans le pantalon. Le critère des gonades semble être l’alpha et l’oméga de son sens critique. Des couilles plein la bouche, il en sert à ses interlocuteurs en coulisse, certain d’être lui-même doté des plus impressionnants spécimens…
Le désastre du CPE, cette piteuse retraite en rase campagne, a révélé la texture et le contenu des testicules du Premier ministre tout juste calibrés pour jouer aux billes. Exit le mauvais poète des roubignolles !

Fillon (François)
 Fillon, nous et l’autre, l’agité en sursis qui accapare l’impopularité traditionnelle du Premier ministre français. Fions-nous au premier, négligeons le second, il reste tellement de choses à réformer… Courage, Fillon !



Quelques figures politiques
Cohn-Bendit  & Marchais
Dany a conservé intacte sa réactivité. Dans le Droit d’inventaire : Mai 68, il n’hésite pas à gratifier d’« ordure » feu Georges Marchais qui l’avait stigmatisé dans une chronique parue dans L’Humanité et empreinte d’antisémitisme en filigrane. (2008)

Delors (Jacques)
Jacques philosophal qui transmue en technocratisme tout ce qu'il envisage. (Juin 1994)

De Villiers (Philippe)
Echevelé Vendéen en bonnet phrygien qui, il y a quelques décennies, s’était secoué le complet-veston sur les grilles de l'Assemblée nationale. Cheveux en bataille, tour du menton hirsute, il vivait là sa petite poussée révolutionnaire.

Hollande (François)
« Omniprésident » ironise-t-il à propos du locataire de l’Elysée. Hollande jubile de sa trouvaille, oubliant un court instant le champ de ruines qu’il secrétarise comme charcutier en chef de la farce socialiste, Sert-à-rien général du parti des sots en lice pour… 2012. (2007)

Après le renvoi en Algérie de l’imam de Vénissieux qui a défendu, dans Lyon Mag, la légitimité religieuse de battre une femme qui trompe son mari, une seule voix politique s’insurge contre cette mesure de délit d’opinion : celle de Le Pen ! L’extrême droite en sympathie avec les islamistes, voilà qui laisse songeur sur la notion d’opportunisme… Des barbus ben ladénistes invitent, pour des conférences, des sympathisants nationalistes et chrétiens : cela ressemble à un rapprochement de circonstance où l’hypocrisie des rapports prédomine. (2004)

Royal & Bayrou
La crispante Royal n’a vraiment plus le vent en poupe, même si sa méthode Coué fonctionne toujours à merveille. Le rapprochement d’avec Bayrou semble de plus en plus naturel tant leur stratégie de conquête du pouvoir s’identifie par le culte d’une marche solitaire avec leurs soutiens militants en bandoulière, et par l’exaspération des plus proches compagnons d’armes qui finissent par se détourner de ces fantasques politiques égocentrés.
Qu’on les rapproche pour qu’ils s'entre-dévorent. Après La princesse et le président du déclinant V.G.E. qui s’autorise une dernière gâterie littéraire, nous aurions droit à La Royal et le président… du Modem, plus une romance à l’eau de rose, mais une pitance à l’eau de boudin… (2009)


10 octobre 2010

Dark Kerviel & Mister Pool

La même semaine tombe la condamnation de l’ex trader de la Société générale et j’apprends le développement en Europe, depuis deux ans, des dark pools. Sans doute mon aversion pour l’anglais qui m’a fait passer à côté de ce nouvel outil bien dégoulinant de bonnes intentions financières. Rapprochons ! rapprochons ! il en sortira toujours quelque fosse… nauséabonde.

Parmi les nombreuses accusations contre le malfaisant Kerviel, celle d’avoir persévéré dans une « stratégie occulte », dixit le jugement. Tout le monde sait bien que l’irrésistible instinct du spéculateur tient dans un goût prononcé pour la transparence. Illustrons ce trait clair de caractère par les brumeux dark pools : il y avait les bains de boue pour la peau, voici les bassins de liquidités opaques pour nous faire la peau, pour qu’enfin le système financier s’effondre. Je vends, j’achète actions, titres et produits juteux divers, mais surtout en restant ANONYME ! La belle posture : tout pour ma poche, quitte à faire s’emballer la bête à dépecer jusqu’au précipice, rien, pas une cacahouète à contrôler pour les instances naphtalinées. Un ‘tit exemple d’obscène culbute qu’autorisent ces marchés de l’ombre ? Un maousse opérateur vend sa quincaille immatérielle sur une place officielle, bien en vue, sans chichi et même avec un poil d’ostentation. L’objectif : obtenir un effondrement du cours pour pouvoir la racheter clandestinement dans un dark pool. Je me crée mes propres soldes, quel pied !

Les enfanteurs de ces places sans visage, sans signature, avec ce qu’il faut de gros ronds à faire fructifier ? Les banques, au moment même où la gabegie des subprimes gangrénait les circuits financiers. Comme une immonde sortie de secours qui leur a permis de laisser leurs déchets titrisés à la charge des États-épongeurs. Et c’est Kerviel, et lui seul, qui a « porté (…) atteinte à l’ordre public économique international » ! Mais de quel ordre nous parle le tribunal correctionnel de Paris ? Celui qui permet aux établissements bancaires de parachever des zones d’anti-droit ? Avec les crossing network, décidément le jargon anglo-saxon me révulse, ils peuvent proposer à leurs plus gros clients de jouer à la bourse sans être soumis à la réglementation de cette activité. Comment ? Simplement parce que les banques ne sont pas considérées, au regard myope du droit, comme des opérateurs de marché. CQFD. Vous n’avez pas la tronche de tueur ? L’article L 221-1 du Code pénal ne vous concerne pas : vous pouvez trucider en toute quiétude.

Interrogeons-nous sur la détermination de la Société générale à poursuivre Kerviel si, au lieu de 4,9 milliards de perte, le trader en avait fait gagner deux, trois quatre à la banque par des prises de position monstrueuses, mais inspirées. Aurait-on alors pris le risque de stopper une telle dynamique pour des règles qui ne tiennent qu’à la place attribuée à un instant donné ? N’est-ce pas davantage l’échec abyssal de Kerviel que son abus de confiance qui est sanctionné ? En outre, que penser des déclarations de professionnels des marchés financiers qui affirment l’impossibilité d’une telle dissimulation sur des semaines ? La sainte Justice a choisi de ne faire peser la faute que sur un individu aujourd’hui hors circuit, comme pour préserver la banque sanctifiée de toute attaque par des actionnaires remontés contre une négligence fautive, voire une complaisance criminelle.

S’imprégner de ces opacités liquides pour ne surtout pas se laisser couler. Un bon coup de talon salvateur…


17 août 2010

Viser la tête !

Vingt ans d’écriture, depuis la Guerre du Golfe. Extraits d' "Abécédaire d'un pamphlétaire au fil du temps"  (l'intégralité se trouve ici) :

A comme Amants enlacés, tableau de Klimt
Phagocytose plus ou moins digérée de deux humanoïdes en rut. (1996)

B comme Betancourt (Ingrid)
Otage héroïque dont l’entendement a vite décliné après sa libération. Dès qu’on lui présentait l’acronyme F.A.R.C., elle s’écriait : « Flouze A Réclamer Comptant ! ». (2010)

C comme Camarde (La)
A l’enterrement de Gide, et notamment lors de la vue du corps, Paul Léautaud ne peut retenir ses larmes : sincère chagrin pour la disparition de son confrère d’écriture ou conscience accentuée du temps qui passe et de sa fin prochaine ? Le temps des moissons de la Camarde dans nos contrées affectives doit être particulièrement angoissant lorsque notre moment d’être fauché s’approche. Je pressens ce que seront ces années canoniques, si j’y parviens : les remontées nostalgiques, les regrets de l’irréalisé, le sentiment de ne pas avoir embrassé à plein chaque seconde et, peut-être, la sérénité de s’inscrire dans une histoire collective, au-delà de soi. (2002)

D comme De Gaulle (Charles)
Général ayant connu des débuts difficiles, notamment par une difficulté extrême à se faire entendre des Français : quatre terribles années pour son Appel et douze ans pour son discours de Bayeux. Lui, au contraire, a parfaitement compris les démons de son peuple : une épuration, mais pas trop longtemps, une décolonisation, mais pas trop vite, la chienlit, non ! Le gaulliste demeure encore aujourd’hui le déguisement préféré de nos politiques. (2010)

E comme Elephant Man
L'œil gauche tendance flou, l'écoulement purulent pointe au coin de la prunelle ; je laisse remonter, comme de petits vomissements mentaux, les vapeurs d'Elephant Man. Mes tendances comportementales, sous une carapace à peu près potable, m’assimilent davantage, le temps s'égrenant, au monstre éperdu. Ma face cachée se crispe en terrifiante déliquescence. (1994)

F comme Fesses de femme
Au creux grisant de leur courbure, je goûte au ferme rebondi dont la nature les a dotées. Charnues, oui, nous pouvons l’inscrire. Certes, elles ne m’ont pas encore accueilli jusqu’au tréfonds de leur embouchure, mais j’y parviendrai par l’alliance de la douceur et de la détermination.
La teinte nacrée, la texture de soie chaude, elles ont la discrétion des vierges contrées et la complicité d’adolescentes assoiffées.
J’y exerce mes sens exacerbés jusqu'à l’heureuse perdition : je les mire dans leur frémissement, je les sens brûlantes sous mes phalanges, j’ois leur enchanteur ballottement, j’inspire la fragrance de la raie en ébullition et je reprends des saveurs de leur fraîche rose des vents...
Oui, je l’avoue, je les aime ! (1996)

G comme Gassman (Vittorio)
Emporté par la Parque, il a déjà son éternité assurée dans le patrimoine cinématographique mondial. Toutes ces figures incarnées, une capacité à l’excellence multiforme, deux chefs-d’œuvre me reviennent comme des joyaux : une comédie où il virevolte dans la peau tannée d’un démon déjanté ; dans la teinte dramatique, ce personnage schizophrène entre le mari exemplaire, posé, brillant, de Catherine Deneuve, et l’autre, le fou à la pastèque que l’on cache au grenier et que le neveu découvre dans l’œil de bœuf. Vision saisissante du malade qui tire la langue et se repaît du gros fruit juteux. (2000)

H comme Habache (L’affaire)
Nouvelle embrouille dans l'Etat socialiste. Georges Habache, leader terroriste du FPLP (Front Populaire de Libération de la Palestine) est accueilli sur le sol français pour se faire soigner les boyaux de la tête. Version officielle : décision prise par quelques hauts fonctionnaires sur la demande expresse de Georgina Dufoix ; aucun des ministres n'était au courant. La presse, toute excitée, graisse ses caractères, l'opposition charge ses canons, le parti socialiste tortille du fondement, et l'Etat saigne ses lampistes.
La France vient encore de tendre son cul à la scène internationale et de recevoir sa dose en plein dans le mille. Ni première, ni dernière fois. L’inconséquence des hautes instances politiques n'est certes pas nouvelle, mais l'accélération du processus de déliquescence des mécanismes de l'Etat prend un tour inquiétant. (1992)

I comme Internet
Incite à la débauche : bien plus facile de se connecter à un site pornographique (vu ce soir Kaléidoscope qui rassemble des photos dénudées de célébrités francophones (Adjani, Kaprisky, Caroline du Juste Prix, etc.) et étrangères (Demi Moore, différents mannequins…) qu’à un site culturel comme Gallica. Si les photos des stars et vedettes féminines apparaissent assez facilement, l’introduction aux Essais de Montaigne, dans son édition originale, peine à se dévoiler sur l’écran. La numérisation des pages (quinze millions disponibles d’après l’accroche) favorise une rapidité d’exécution mais alourdit considérablement le transfert puisqu’elle fait de textes des images. Résultat : après trois pages demandées successivement (comprenant la couverture et la page de titre), l’ordinateur m’a informé d’un souci technique. Impossible d’aller plus en avant dans Michel de la Montagne. Dépité, je suis retourné renifler les monts mammaires et de Vénus des Béart, Cachou, Winter and Cie.
Voilà comment on fait des obsédés ! (2000)

J comme journalistes
La belle bête Tapie aurait-elle rendu l'âme ? Ce n’est évidemment pas un enfant de chœur aux dentelles catholiques, mais je suis instinctivement porté à me mettre du côté de celui qui est exposé aux charognards médiatiques.
Quel journaliste peut s'arroger le droit de lyncher, d'écharper et d'achever l’agonisant ténébreux ? L’infection de certains milieux de la presse pourrait bien surpasser celle de l'affairiste. (1994)

K comme King (Rodney)
L'impérialisme américain, prétendument détenteur du bonheur de l'homme, en a pris un grand coup dans l'aile depuis quelques jours. Rodney King, homme de couleur s’il en est, se trouve en période de mise à l'épreuve suite à une affaire de vol à main armée. Le bougre ne trouve rien de plus sérieux que de commettre un excès de vitesse. Quatre policiers blancs, en mal de défoulement, profitent de l'occasion pour s'accorder du bon temps : en clair, du tabassage de noir désobéissant. Film amateur de la scène : les policiers se retrouvent comme accusés au tribunal devant un jury blanc et sont acquittés. Ni une ni deux, Los Angeles s'embrase depuis ses quartiers pauvres : l'émeute prend des proportions cataclysmiques. Des morts par dizaines (tuerie par balles, lynchages, incendies) des blessés par milliers, des destructions pour trois milliards de francs (cinq mille bâtiments en cendre) : les p'tits gars ont fait du bon boulot. Bush envoie marines et militaires : le calme revient progressivement. Avant de faire accroire que son pays est le nombril du Nouvel Ordre international, le président américain devrait s’intéresser aux carences éthiques qui minent son pays. (1992)

L comme Liquéfaction
Je me dépassionne de tout ce qui pouvait un chouïa justifier mon existence ou tout au moins me la faire tolérer. Ma phase de liquéfaction s’amorce... (2001)

M comme Maradona (Diego)
Dieu déchu du ballon, il fait un gros pipi bien dopé à la FIFA, histoire d'épicer un peu la ronronnante coupe du monde de football sise aux United States. Aussi doué que le coureur Ben Johnson pour la récidive, passant sans difficulté de l'herbe du terrain à de la blanche en rail, il a été définitivement remercié pour ses fulgurances à la baballe et renvoyé dans sa fumeuse Argentine. (1994)

N comme Nietzsche (Friedrich)
Refuge spirituel de taille avant de laisser mon cérébral pondre ses crottes oniriques. Quelques pages de sa Généalogie de la morale pour creuser les origines des notions du bien et du mal. A la fin de son avant-propos, le penseur allemand doute de la lisibilité de certains de ses écrits, notamment ceux constitués d’une suite d’aphorismes. Il décèle une tare de taille dans la démarche intellectuelle de chacun : l’absence de « rumination » de la pensée ingurgitée. L’aphorisme est la partie conviviale (donc émergée) de l’iceberg dont il faut reconstituer le corps pour en saisir toute l’amplitude et la profondeur. Zarathoustra reste ainsi dans l’ombre pour ses neuf dixièmes. (2001)

O comme Opacité financière
Intervention sans panache du Premier ministre luxembourgeois, celui que d’aucuns voyaient comme possible premier président de l’UE. Juncker vient de carboniser son éventuelle légitimité à ce poste futur, si le fonctionnement institutionnel change un jour.
Sa défense de l’opacité financière de son bout de territoire confine à l’indécence technocratique en ces temps de chaos boursier. Sans doute qu’il peut se permettre la condescendance offusquée puisque l’argent sale, accueilli dans les officines bancaires, dispensera le Luxembourg de toute perdition à l’Islandaise.
Il n’empêche. La France doit-elle perpétuer cette complaisance à l’égard de ses petits voisins (Suisse, Monaco, Luxembourg) ou doit-elle exiger un coup d’arrêt du secret bancaire comme principe et, en cas de refus, rompre tous les accords bilatéraux ? (2008)

P comme Passion amoureuse
Plus belle que jamais dans une petite robe noire à hurler (comme le loup de Tex Avery), toujours aussi fofolle et agréable. Je ne peux expliquer combien sa présence est une extase de tous les instants, elle m’enchante par sa fraîche vivacité, elle m’enivre par sa féminité transpirante. Je voudrais pouvoir ne jamais la quitter un instant, profiter à mille pour cent de chaque moment en sa compagnie. Son effet sur moi ne tarde jamais : le misanthrope renfrogné devient joyeux, festif, drôle voire délirant. Et je la fais rire, ce qui me ravit chaque fois. Si j’avais pu être lié à elle par le sang, par les sentiments réciproques, mon état d’esprit, mon rapport au monde en eurent été bouleversés. Mais, comme souvent, je demeurerai sur la berge. (2000)

Q comme Quête religieuse
Vénalité exercée sous l’emprise de la honte. (2010)

R comme Rabelais
Rabelais, renais ! ils amplifient leur folie : progrès technique sans éthique mine l’âme… (2009)

S comme Soleil
Petit film scientifique sur les secrets du soleil. Magnifique découverte de l’histoire de cette quête de connaissance sur l’astre. Une mise en perspective du colosse en fusion-ébullition qui relativise tout le reste. A ces échelles, l’histoire de la terre, n’abaissons même pas l’angle à l’humaine, n’est qu’un épiphénomène. Quelle beauté saisissante que ces éruptions solaires, ces tempêtes magnétiques, ces forces incommensurables qui se déchaînent. De ce chaos, toujours recommencé, les neutrinos en nombre astronomique permettent la vie.
Une grande leçon de modestie, d’humilité lorsqu’on songe à la fragilité inouïe de notre système solaire et à l’ordonnancement du tout. Si l’humanité avait un tant soit peu l’objectif de perdurer sur une durée infinie, elle devrait s’exiler d’ici un à deux milliards d’années dans un autre système, le nôtre étant voué, après la fin en forme d’apogée du soleil, à devenir une naine blanche. Certes les durées avancées sont hors de l’échelle humaine, et semblent absurdes à évoquer. Il convient au moins de le savoir, ce qui fait la caractéristique de notre condition. Impossible maîtrise, mais conscience du tout. (2000)

T comme Techno (La)
Musique hormonale par excellence, elle provoque des trépidations corporelles. Les décibels flirtent avec les sommets, au point de contraindre le cœur à tressauter au rythme de la mélodie en cours.
Etuve chauffée du jeune monde en transes : on imagine aisément le plaisir paroxystique de l'allumé psychotique déterminé au massacre à la Rwandaise. Les flashes blancs découvriraient quelques viscères au rouge. De la mélodie organique pour fêlé du ciboulot. (1994)

U comme Ubiquité stellaire
Le Bring on the night de Sting sur scène, avec un virtuose des blanches et noires, vous envoie vers l’ubiquité stellaire, des ondes musicales comme un voyage à la vitesse des sens, tous azimuts, sans limite, inénarrable décollage vers les cimes de l’impro, chef d’œuvre incarné des élancements rythmés. (2008)

V comme Vengeance
Ce matin, dans la pommeraie, nous découvrons la piscine éventrée par des branleurs de seconde zone. La rage nous prend au ventre. Des envies d'os brisés et de gueules en sang montent en nous. Nos tripes sont incandescentes.
La sanction sera plus subtile. Après repérage de l'ouverture par laquelle ils se sont glissés, nous la truffons de tessons de bouteilles pour honorer leur prochaine visite. Si intention récidiviste il y a, les chairs tailladées rabougriront ces piètres merdeux. (1991)

W comme Webunivers
Internet ne fait qu’amplifier les divergences, chacun propageant sa conception sur la toile sans jamais s’essayer à comprendre l’ennemi déclaré. Triste farce du « village planétaire », oxymore idyllique que la seule évolution des communications et du transport ne pouvait réaliser. Quoique, si ! bien sûr, c’est un dangereux Clochemerle avec six milliard de villageois qu’ont enfanté les déplacements frénétiques et le webunivers. (2009)

X comme XXIe siècle
Dernières heures de cette année 2001 qui ne nous aura pas offert l’Odyssée de l’espace, mais les abysses barbares. Si on la retient comme l’année d’entrée dans le XXIe siècle avec, pour une fois, conjonction entre la logique numérologique et les aléas historiques, elle se hisse aussi comme parangon des penchants les plus primaires de l’être humain. Pauvre monde englué pour longtemps encore dans ses travers toujours recommencés. La gorgone à deux têtes Bush-Laden n’obéit qu’à deux motivations : dominer et posséder. Du classique depuis les grottes cromagnonnes ! (30 décembre)

Y comme Yougoslavie
Le potage yougoslave m'indiffère totalement. Le scénario ne bouscule pas trop mes tripes. Je n'essaye même pas de retenir les noms barbares des hordes ennemies : aucun Saddam Hussein ne vient, flamboyant, éclairer le sinistre tableau. Les militaires onusiens avaient été priés, par un petit chef perdu, de n'intervenir, avec toute la fermeté d'un bleu, que lorsque les parties ennemies ne se tireraient plus dessus. Sir Fanfan Mité est venu, poitrine tombante en avant, tel un condottière sur son hélico, libérer des forces maléfiques et des mauvais courants l'aéroport de Sarajevo. Rien à faire : ça me fait toujours bâiller. (1992)

Z comme Z.I.
Passage par les zones insalubres d'Aubervilliers : errance des passants, laideur des bâtiments, grisaille générale qui se répand comme une sale peste. (1991)

26 juin 2010

Visez la Tête d'Or !

Rouler en équilibre : le tracé protégé m’y invite. Début de parcours parallèle aux rails, comme l’est le mur d’hommage aux grands noms de la Résistance. Ne pas renoncer, donc, même au prix de ne rien amasser, de se couper des contemporains.

Suivre la piste pour apercevoir, sur la scène d’un terrain vague, le choc entre les extensions urbaines et les cahutes de quelques réfugiés clandestins en sursis. Chaque univers a ses raisons d’être : je passe, indifférent, le vent porteur, l’oubli prématuré.
Cap vers les bords du fleuve, via une artère verte, touffue, qui favorise la sérénité et conforte mes choix. Allégé de l’aliénante automobile, dispensé des transports en commun, j’aiguise ma liberté en délaissant les obsessions collectives : point de permis de conduire, sans goût pour les entassements festifs, rétif aux familiarités bien intentionnées.

Longer le courant et s’inspirer des espaces à parcourir. Une étude récente souligne la capacité des chimpanzés à guerroyer pour étendre leur territoire. Une proximité humaine qui réduit notre évolution à ses volets techniques et artistiques. L’humanisme attendra encore son heure pour élever notre espèce.

La nature au cœur de la ville, j’y suis presque : quelques tours de chaîne, des rayons qui tournoient au bon rythme, un pédalier débridé… Halte première face à l’étendue liquide bordée de touffus aux cimes dansantes. Un qui ne virevolte plus depuis longtemps, c’est l’ankylosé Jean-Luc Hees. Il a rendu son verdict contre le turbulent Guillon étiqueté « petit tyran » à l’instar de son compère Didier Porte. C’est la lourde pour le duo terrorisant. Allez enfiler vos perfidies ailleurs ! Le Val pédale dans la semoule de ses contradictions adoubées par le sphinx Hees à l’honneur ressuscité.

Halte seconde au sein de mon cocon vert favori, entretenu de près, aux atours libres. Alterner l’ombre fraîche et l’astre brûlant : rien pour heurter, un moment bisounours qui me laisse goûter à une nature domestiquée. Protégé par cette palette de verdure, je néglige mes indignations. Un peu de Django Reinhardt pour relativiser ma partition : je concerte en notations minoritaires dans ce tohu-bohu obtus.

Depuis ces terres lyonnaises, je défie ma dernière décennie du Vingtième : errance septentrionale pour une mission d’intérêt particulaire. Au bleu chaud de l’accueillante Lugdunum, se décolorent les accroches passées, les ternes saisons, les poisseuses humidités, le smegma érigé en fine liqueur, les monomanies travesties en vigoureuse idéologie.

Laissons couler et, comme dirait Michel Cymes, vive l’incontinence anale ! Signé : un diarrhéiste, pour vous maudire.

20 juin 2010

Domenech nique, niqué !

Raymond Domenech vient d’être retrouvé pendu au milieu de sa luxueuse suite, ultime acte de cette sordide tragédie. Dans sa poche, une lettre d’insultes : « Fils de pute, ta race on va te la faire bouffer jusqu’aux couilles ! Enculée de balance ! Coach de merde ! Tu vas crever ! » La chasse au traître, préconisée par le capitaine des bleus délavés, désormais rouge sang, s’achève. L’enquête doit déterminer les circonstances du décès.

C’est bien l’entraîneur qui avait osé révéler à sa compagne journaliste les mots doux d’Anelka. A l’affront des insultes, Domenech ne voulait pas ajouter la lâcheté du silence.

Avec cette mort violente, on doit enterrer un système qui a favorisé les salauds aux gros egos surfriqués. Ce groupe n’était qu’un conglomérat d’opportunistes. Ils cultivaient une solidarité de coqs enfiévrés pour le combat interne, certains mettant au cœur de leurs principes l’indigne omerta sur les crasses qui s’opéraient dans cette équipe de rances.

La main baladeuse de Henry, le zob suintant de Ribéry, la sale gueule d’Anelka et désormais la langue pendante de Domenech : l’aventure, non pas jouée mais tristement singée, de l’équipe nationale française se résume à un sommaire puzzle organique à gerber.


Et dire que soixante-dix ans après l’engagement d’un homme cardinal contre une calamiteuse capitulation, notre pays s’agite pour une défaite risible à la baballe. La France de 2010 a le symbole qu’elle mérite : un peu de merde sous un cadavre qui se balance…