23 juin 2005

Europe en berne

La clique hétéroclite du "Non"
12 avril 2005


Que veulent les Fabius, Le Pen, Besancenot, de Villiers and Co ? Certainement pas le rayonnement d’une France à la pointe de la construction européenne. Au projet d’inspiration française qui a survécu aux compromis à quinze, à ce traité constitutionnel sans équivalent dans le monde dans ce qu’il consacre comme droits pour les citoyens, les révisionnistes constitutionnels voudraient (du moins ils le laissent croire) y substituer un autre traité qui ne répondrait qu’à leurs fantasmes idéologiques et qui sortirait miraculeusement du chapeau à vingt-cinq ! Ne nous leurrons pas. En cas de non français il ne faudra plus compter avoir un compatriote à la tête d’une très future, voire hypothétique convention en charge de rédiger un texte en phase avec les attentes hétéroclites de cette clique du « Non ».
2005, en Touraine

Un rejet du traité constitutionnel le 29 mai prochain équivaudrait à une démolition pure et simple sans aucune préfiguration bénéfique de l’avenir. L’occasion sera trop belle pour vingt pays membres ayant choisi la voie parlementaire pour la ratification, de détrôner la France de sa fragile place de leader dans la construction européenne et de stigmatiser sa frilosité absurde. Même si nous étions les premiers d’une série de « Non », nous porterions la responsabilité d’avoir attisé les scepticismes, les nationalismes et les chauvinismes de tous poils, et rien ne permettrait avant longtemps de trouver un nouvel accord. Chaque pays, échaudé par ce projet avorté par la nation même qui en est à l’origine, se recroquevillerait sur ses propres intérêts, lesquels n’ont pas grand chose à voir, à l’état brut, avec les desiderata des Fabius-Le Pen and Co qui rassemblent autour du « Non » une impossible ambition commune. C’est donc bien un « Non » à l’avancée européenne et l’embrassement du néant politique.

La malignité démagogique s’est révélée dès l’instant que cette clique a mis sur le dos d’un cadre constitutionnel proposé ce qui relève de la politique menée sous le règne du traité de Nice qui restera bien ancré en cas de victoire des grincheux.


L’entrée automatique de la Turquie ? Mensonge : l’article 58 définit la procédure à suivre pour toute nouvelle adhésion et renvoie aux règles constitutionnelles de chaque Etat membre pour la ratification de celle-ci. Notre récente révision a consacré la voie référendaire pour cette question sensible. A moins d’une abrogation de cette avancée démocratique, la Turquie ne pourra pas entrer dans l’Union sans que le peuple français donne sa bénédiction ! Alors, responsable de quoi le texte de Valéry Giscard d’Estaing ? De la directive Bolkenstein, diabolisée par de Villiers et son piètre dictionnaire des rimes pour mauvais poète balbutiant ? Pas seul le souverainiste bien sûr : les Mélenchon, Buffet, Maigret and Co viennent en renfort pour les arguties et les amalgames. Ce qu’on fait dire à la directive sur la libéralisation (quelle terrorisante perspective !) des services ? Aucun rapport avec le nouveau cadre proposé. L’article 133 fixe le principe pour les travailleurs européens : le bénéfice du système législatif, réglementaire et administratif (le droit du travail plein et entier, donc) du pays membre dans lequel il se trouve. Les services se font avec quoi ? Des travailleurs et non l’œuvre du Saint-Esprit !


Certes on peut interpréter de mauvaise foi des principes généreux et protecteurs. Le négationniste institutionnel Emmanuelli, pas le fondateur du Samu social mais le dangereux démagogue patibulaire, a même décelé dans l’article 62 et son « droit à la vie », qui côtoie l’impossibilité pour un Etat membre d’appliquer la peine de mort, la remise en cause de l’avortement pour les femmes ! Rien que ça !


Le mérite de ce délire interprétatif est de faire tomber les masques de ces irresponsables prêts aux pires truquages pour servir leur malodorante carrière. Prêts à tout détruire, y compris l’avancée européenne. Alors, sans doute, le pourfendeur Emmanuelli va-t-il faire trembler les chaumières en imaginant une Union libératrice des pédophiles et des tueurs en série parce que la Constitution proposée consacre dans son article 66 le « droit à la liberté » ! Puis, dans une dénonciation des voies ouvertes à tous les démons, le bougre va sans doute percevoir la promotion cachée du négationisme à la sauce Faurisson dans l’article 71 qui rappelle le droit à la liberté d’expression « sans qu’il puisse y avoir ingérence d’autorités publiques et sans considération de frontières ». Bravo saint Emmanuelli de nous ouvrir les yeux sur ce torchon constitutionnel !


A nous de prendre la mesure du cirque des illusions mises en scène par les animateurs du « Non », lesquels se tireront sans pitié dans les pattes sitôt le scrutin du 29 mai passé, incapables de rédiger un texte remplaçant celui qu’ils auront piétiné et impuissant sur la scène européenne face aux autres Etats membres effarés par tant d’opportunisme. A nous de faire l’effort de plonger dans le projet proposé pour en comprendre la substantifique (et bénéfique) moelle sans relais manipulateur. A nous de démontrer notre maturité démocratique et non de prendre en otage de nos innombrables mécontentements une consultation à visée constructive. A nous de ne pas donner l’exemple d’un repliement stérile qui occasionnerait le délitement du projet européen et réduirait d’autant notre place dans le concert des nations. L’Europe nous regarde et ne nous pardonnera pas cette volte-face mesquine. Le reste du monde raillera notre versatilité de petite envergure.

L'impasse des lamentables "Non"

28 avril 2005

Vu, réunis sur France 3, les principaux leaders politiques ancrés sur le « Non ». Confirmation de l’impossible fonctionnement, au lendemain du 29 mai, en cas de victoire de la tranchée des frileux.


Chacun voudrait se croire dépositaire de la majorité mécontente pour une obscure refondation sous l’égide du Traité de Nice, et ce à vingt-sept pays membres (dès 2007). A ce stade, ce n’est plus de l’utopie, mais de la dangereuse naïveté, ou plus certainement de l’opportunisme à courte vue.
Ce qui forme la différence fondamentale entre les deux camps tient dans la viabilité de l’après référendum : d’un côté, un accord commun pour adopter le cadre institutionnel proposé, quitte à ce que le contenu des politiques menées dans ce cadre diffère selon les obédiences politiques ; de l’autre, un consensus pour rejeter le traité, mais des désaccords irréductibles quant au contenu
d’un projet ultérieur. Aucun d’eux n’étant, à l’unité, majoritaire chez les électeurs prêts à voter Non, comment pourront-ils défendre quelque proposition de nouveau traité aussi ambitieux ?


Remarquons d’ailleurs que tous ces grincheux ne constitue qu’un sac à critiques, et qu’aucun n’a présenté un texte cohérent qui serait le socle de cette irréaliste refondation. En outre, comment les dissonances à l’intérieur d’un « Non » aux couleurs criardes seront-elles perçues par les autres pays membres ? Certainement pas comme un modèle sérieux à suivre.


La victoire du « Non », si elle devait avoir lieu, laisserait très vite place à un terrible désenchantement des votants sitôt la conscience acquise des impuissances intérieures.Chacun cultive sa chapelle argumentative contre le texte proposé en feignant de ne pas entendre les raisons du voisin infréquentable, lequel contribue pourtant à grossir la troupe des contempteurs disparates. Stratégie politique du néant de cette flopée d’autruches ensablées par leur rengaine idéologique respective. Tristes pitres inconséquents !



La Victoire du Vide !
23 juin 2005

Surtout ne pas émettre une seule critique contre les bons citoyens. Leur mécontentement est plus que jamais légitime et on ne peut qu'admettre la voix des urnes... Texte trop compliqué (alors pourquoi s'embarrasser de le consulter ce bon pôple), trop libéral (un modèle du genre à côté du traité de Nice, c'est évident !), incapable de répondre aux aspirations de perfection égocentrique... Savatons tout, en se moquant des incongruités argumentatives qui, de l'extrême droite à l'extrême gauche, ont joué des peurs comme jamais ! Le tableau apocalyptique français n'est plus tolérable ? Que le bon pôple aille voir dans les tranchées insalubres de nombre de contrées...


Que notre pays est devenu frileux, replié sur lui-même, encombrés de petits vieux avant l'heure... et bien qu’ils en bouffent du nationalisme social à la Besancenot... avec ses grands soirs pour pendre du possédant. Quelle puissance d'action que ces Buffet et Bassine Le Pen : le bazar de l'hôtel de passe politique est né...


Et surtout, que l'on supprime tout notre commerce extérieur pour pouvoir mettre en oeuvre cet isolement salutaire pour notre économie moribonde. Et que l'assistanat généralisé continue à creuser sous nos caisses, vides depuis belle lurette.
Et vive la France rance !



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3 commentaires:

Anonyme a dit…

"C’est donc bien un « Non » à l’avancée européenne et l’embrassement du néant politique"
Depuis 2005 que de pagaille quand même hein! C'est suite à mes pérégrination que je suis tombé sur cet article (à la base un lien sur votre blog ds les commentaires concernant charlie hebdo). Que c'est bon de revoir les rescotcheurs de l'europe prédisant la galère aux "non", anti-progrès par définition évidemment.Comment aujourd'hui faire la leçon à la religion quand la politique n'est plus que prestidigitation et corruption, soyez honnête, vous y croyez vous aux gars qui, la-haut, nous regardent dans les yeux à la télé?
Laurent B

Decrauze a dit…

En tout cas je crois encore moins à la cohérence des votes sur la durée. Qui avez-vous vu accéder aux responsabilités suprêmes comme grand défenseur du NON ? Personne ! Et pourtant c'est le même corps électoral qui s'est prononcé en 2005 puis en 2007... Il ne faut pas s'étonner que la construction européenne décline.

Anonyme a dit…

Je ne le vois pas comme ça. En 2005 il y eut ceux qui ont voté non : de tout bord, un peu par négation, beaucoup par ras le bol d'un machin qui grossi comme le blob sans queue ni tête, y'a t-il un commandant? (je fais parti de ceux là). Et puis il y avait les autres qui se demandait si aller contre n'était pas péché, contre nature, la peur au ventre d'aller dans l'inconnu et le malheur, présenté comme tel par Hollande et Sarkozy, à l'époque photographiés ensemble souriants et complices.
C'était un refus clair, non pas épidermique mais réfléchie, de cette Europe, mais aussi une épine dans ce blob qui s'en est débarrassé au bout de quelques semaines (beau non!).
Le reste, 2007, les gens ont repris leur chemin, qui de droite, de gauche etc., l'Europe étant le moindre des soucis de chacun...