11 avril 2011

Des bris du monde

Des traques s’éternisent. Marâtre Nature s’échine à débusquer les grappes nippones qui résisteraient aux appels du couchant. A dix mille de là, je m’enthousiasme des poussées bourgeonnantes. La dérive plus au sud présente quelques souches autocratiques qui s’illusionnent sur leur ramure : en tête de boue rougeoyante le plissé de Libye et le gondolé de Côte d’Ivoire. Darde l’astre à la Tête d’Or, tardent les désastres crépusculaires qui accentuent les écarts de destinée. Pour l’hexagone, tant que l’emprunt va, tout va… à vau-l’eau certes, mais pas au chaos.

Le petit temps imparti ne favorise pas la juste partition au diapason de nos perceptions. Les décennies se bousculent aux artères et, sans une part de renoncement, la divergence avec soi s’accroît. Que vaut-il mieux ? La turgide indignation au risque de l’obscénité, rappel de la sentence bernanosienne, ou l’effacement sans objectif pour faire sage et fréquentable ? J’ai choisi : raréfier les attaches, desserrer l’emprise et s’irriguer des bris du monde.

Sa complexité exige de s’affranchir de la grossière linéarité narrative. Peu importe si j’indiffère le gros du lectorat suceur du Rot-Ment, la vache-à-laids de l’édition commerciale. Je m’ancre hors circuit à la quête des jeux abstractifs du langage polysémique. Charge, charge ! que le reproche s’aiguise et l’attention se détourne…
Les mêmes qui font grand cas de l’art abstrait ne souffriraient pas l’excès conceptuel dans l’écriture. Même la poésie se ratatine au raz des pâquerettes qui puent.

La transcendance textuelle ? Crime contre la simplicité. Etre accessible, compréhensible, audible… aller se faire foutre, est-ce de bon ton clair ?
Je ne rejoindrai pas ces monceaux imprimés que leurs auteurs s’obsèdent à purger de toute saillance absconse. Quel confort d’être peu lu : ça évite d’emblée les cons ambiants qui pollueraient mes pages. A moi l’écriture jubilatoire, sans honte des mots longs, des expressions chargées, des phrases alambiquées.

De la simplicité au simplisme, et du simplisme à la barbarie, la voie s’abrège sans fioriture… Juste les débris collatéraux des tourments en cours. Bribes d’êtres humains sacrifiés au nom de la mortifère simplification politique. Comme un mauvais roman aux fresques nauséabondes. A expectorer au loin…

(Texte rédigé le 10 avril : sentiment conforté pour le Japon, contredit pour Gbagbo, la balle au centre.)

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