03 mars 2012

Le marais présidentiel s’affiche

Ça débute par une mer d’huile, tellement improbable ou glissante qu’on finira par se casser la binette. Le regard détaché, profond, abyssal comme un déficit public, se porte vers la ligne bleue Marine des Vosges. « La France forte », pense-t-il, forte de ses illusions et d’un antisarkozysme galopant, oui. Ces présidentielles seraient-elles tentées par la castagne bête et méchante ? Sarkozy « bayonné » par les peu folkloriques indépendantistes basques et une pincée de socialistes vient d'en faire les frais. La recette d’un « bayonnement » efficace : huées, insultes, œufs et chaises à la volée. De la démocratie gastronomique à l’arrière-cuisine de boui-boui.

Pour maintenir la ligne de flottaison, gardons-nous de  la Bassine aux eaux troubles. Sirène aux mélodies terre-à-terre, elle nous ferait goûter à tous les récifs pour une plongée fatale. Son « Oui ! la France » a tout de la simulation orgasmique avant l’ingestion de ses proies, telle une vorace mante religieuse.

Avec Hollande, l’autre politique du dommage à venir, le paysage est bien plus flou. Il nous annonce simplement que « Le changement c’est maintenant » et, par vague contrepèterie, nous pouvons déceler que les manquements se feront par chuintements, sans bruit, discrètement, avec modestie… Quoique : il semble ne plus mâchonner son socialisme avec honte, il se mélenchonnise même, avec une taxation confiscatoire pour les plus fortunés. Georges Marchais n’avait pas fait mieux lorsqu’il s’en prenait aux « cumulards », les Elkabbach, Duhamel et autres nantis du système, qu’il soupçonnait être passibles de la peine communiste pur jus : « Au-dessus de quatre millions, 100 % d’impôts, je prends tout ! » jubilait l’apparatchik en herbe qu’il restera.

François Bayrou a eu le pif de reconnaître un morceau hollandais du « déconnomètre », mais son slogan a tout de la méthode Coué ou du vœu pieux. « Un pays uni » : il va falloir une puissance catalytique hors norme, quasi mythologique, pour y parvenir. La conséquence naturelle : « rien ne lui résiste », formule libératoire qui fait abstraction de l’environnement mondialisé et concurrentiel. Irrésistible Bayrou ? Il y met du cœur en tout cas, comme en 2007, mais cela suffira-t-il à le propulser au second tour ?
Avec Mélenchon, pas d’union qui tienne, c’est d’abord aux brimés, aux furieux, aux révoltés de tout poil hirsute qu’il s’adresse. Le regard vers la droite, comme les deux candidats du bord opposé, il harangue et ordonne : « Prenez le pouvoir ». Clarté fracassante de l’objectif, silence révélateur sur les moyens. Un appel à la Révolution ou au coup d’État ne ferait pas mieux.

Pour le clin d’œil, les filiations sont parfois étonnantes : on trouve dans l’affiche du Front de gauche pas seulement du NPA et son talentueux Besancenot, mais aussi du NDA, comprenez Nicolas Dupont-Aignan ! N’est-ce pas lui qui, en 2007, sommait : « Français, reprenez le Pouvoir ! ». Comme un air radoté : je prends, je reprends et je me fais prendre… Tragédie du citoyen ordinaire.

A côté de celle de l'ex socialiste, l’affiche de Nathalie Arthaud fait bien pâle impression, malgré le rouge envahissant. Le degré zéro du slogan politique est atteint : « Une candidate communiste à l’élection présidentielle », rien que ça ! Sa stratégie électorale se limite à tenter de choper quelques électeurs à l’OVNI Mélenchon, alors elle rappelle sa chapelle idéologique pour ceux qui n’auraient pas associé sa bouille et la couleur choisie au bon parti. Comble de la précision, elle indique pour quelle élection elle se présente : il ne faudrait surtout pas que ses rares soutiens attendent les législatives, voire les municipales, pour lui apporter leur voix. Là, au moins, on ne va pas s’échauffer les neurones en exégèses de la communication.

Cela inciterait presque à prendre nos vacances printanières avec Éva Joly. La mine rayonnante, la tenue mi-saison, les lunettes fraîchement ôtées pour nous fixer sans détour et sans obstacle, elle nous invite à ce choix radical, celui… du tournesol ! Une France héliotrope, voilà qui pourrait être un remède à la crise…

Après les affiches, j’attends, la plume aiguisée, les programmes imprimés de chacun, pour s’amuser un peu comme en 2007, avant l’isoloir fatal et cinq ans d’épreuves. La tasse pour tout le monde. Santé !

Marianne dans les marais démocratiques.


10 commentaires:

Kkum a dit…

On ne peut pas tolérer les mensonges de l'homme politique, ou on reste un piètre pamplhétaire. Sur le blog désintox, vous prétendez que Sarko a fait une bonne prestation… Il n'a fait que mentir, et donc insulter les électeurs. Tant qu'on accepte cela, d'où que cela vienne, on enterre la démocratie.

Decrauze a dit…

"piètre pamphlétaire", comme vous y allez... Et bien soit j'assume. J'ai trouvé sa prestation supérieure à celle de Fabius, ce qui ne signifie pas que je sois d'accord avec tout, loin de là. Quant à la démagogie il n'est pas le seul à la manier avec gourmandise.

Anonyme a dit…

Si je comprends bien : tous pourris ! Bravo, mon garçon, continue comme cela, tu vas aider tes prochains.
Merci d'approuver mon message pour introduire un peu d'équilibre. Le site quoi.info n'a pas censuré ton commentaire, merci de faire de même.
Jacques Soyer

Loïc Decrauze a dit…

Vous interprétez comme vous voulez mon commentaire, mais dispensez-vous de ce ton mi condescendant mi "paternalisant" matiné de tutoiement.
Ai-je jamais prétendu vouloir aider mes congénères ? Je ne crois pas...

Anonyme a dit…

Merci pour cette publication et la réponse.
Jacques Soyer

Anonyme a dit…

Pourquoi ne pas avoir parler de Jacques Cheminade qui a des idées très intéressantes sur le monde actuel et donc majoritairement financier qui nous propose que de la rigueur alors qu'il paye leur manque d'anticipation quant à ce système financier qui courait déjà à sa perte? Jacques cheminade avait déjà prédit en 1995 cette crise de 2007 !!
http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=p6EaMQIBbro

Loïc Decrauze a dit…

Je n'ai pas évoqué Jacques Cheminade faute, au moment de l'écriture de ce texte, d'avoir trouvé son affiche présidentielle.
Finalement je ne regrette pas cet oubli, depuis que j'ai pu l'entendre faire un parallèle crétin entre la politique d'Obama et celle d'Hitler.
Si, ça m'a inspiré le commentaire suivant publié sous quelques articles traitant ce sujet : "Qu’il chemine vers le score néant ce Cheminade, ce sera à la hauteur de ses infectes allusions. Je ne l’avais d’ailleurs pas retenu pour mon passage au crible des affiches présidentielles de la campagne, quelle judicieuse inspiration j’ai eu !"

Anonyme a dit…

"Clarté fracassante de l’objectif, silence révélateur sur les moyens." vous exagérez un peu là. Il faut aller vous renseigner sur le programme de Mélenchon, c'est les moyens qui manquent : sixième république, citoyenneté dans l'entreprise, interdiction des licenciement boursiers, consultation par référundum pour toute les lois qui remettent en cause la souveraineté (type MES par exemple), etc.... Un petit effort d'information avant d'avancer de pareilles critiques

Loïc Decrauze a dit…

Ne vous souciez pas de ma capacité à m'informer, tout va bien sur ce plan, je vous en remercie. Vous le dites vous-mêmes, "c'est les moyens qui manquent". Il y aurait donc bien une manière agressive d'atteindre les objectifs cités quitte à mettre en pièce les acteurs de l'économie.

BOD a dit…

Oh, oh, la Mare au Diable !