31 décembre 2006

A toi, ma grand-mère

Samedi 24 décembre
Assombrissement des festivités familiales : maman m’informe par
téléphone que grand-mère vient, une troisième fois, à 94 ans, de se casser le col du fémur. Transportée dans une clinique de Béziers, elle devra souffrir jusqu’à mardi, pour cause de Noël amorcé, avant d’être opérée. Bien sûr le programme à S.-C. risque d’être annulé si décision est prise de rallier Fontès en catastrophe suite à la dégradation subite de son état ou à un mauvais déroulement de l’opération.



Malgré son âge canonique, je n’imagine pas, affectivement, ne plus l’avoir présente, vivante, dans un coin chaud de mon cœur. Je songe à son existence démesurée : mes années vécues totalisent entre un tiers et une moitié de son parcours. Quoi de plus normal pour elle, pourrait-on penser, qu’une fin proche : le lien du cœur ne peut se résoudre à ces approches froidement rationnelles. La Camarde ne sera jamais la bienvenue, jusqu’au bout nous la repousserons…

Mardi 26 décembre
11h15. G. vient de m’appeler : grand-mère est morte, emportée par une embolie à la fin de son opération. Nous descendons jeudi à Fontès.
Certes son grand âge rend « logique » cette fin, mais sa fraîcheur intellectuelle aurait mérité quelque sursis de la Camarde… Une peine diffuse m’envahit…


Avec moi, l’affection a été totale jusqu’au bout ; elle m’a soutenu quels que soient mes choix.


Emportée au néant, mais vivante dans nos pensées, son sourire, ses yeux malicieux toujours là pour apaiser nos tourments d’adultes en devenir. Combien de fois l’ai-je évoquée dans ces pages ? Pas assez au regard de ce que j’aurais pu détailler comme ressenti… Et voilà la commune de Fontès qui va disparaître de mes points d’ancrage…

Plus que des gens aimés disparus qui peuplent son cimetière en cortège insupportable, renvoyant à notre intolérable finitude. Mes adorés Denise et Jacques, formidables grand-tante et grand-oncle toujours chaleureux avec moi, mon bougon mais si attachant grand-père dont je revois la nuque solide alors qu’il conduisait, dont le visage affichait l’intégrité, dont la présence impressionnait mes jeunes années. Ce grand-père partit trop tôt, laissant ma grand-mère à cette foultitude de moments partagés, condamnée à la solitude, malgré le passage régulier de ses enfants et petits-enfants.


Ma douce, tendre et adorée grand-mère… comment puis-je te rendre hommage ? Par ce que je sais le moins mal faire : écrire pour atténuer le manque. Me voilà orphelin dans cette dimension : je n’ai plus de grands-parents. Première marche vers sa propre fin… L’inéluctable angoisse de passer le relais, de ruminer sa nostalgie, d’accrocher insuffisamment la densité de l’instant pour tendre à le «sur-vivre».


Se laisser submerger par ce qui nous reste du meilleur de l’être aimé que l’on regrette de n’avoir pas vu davantage. Ma tendre et adorée grand-mère serrée contre moi pour la dernière fois au printemps : battante, elle remarchait avec son déambulateur, se forçant à cet effort quotidien qui entretenait sa dignité humaine. Toujours coquette, des escarpins aux pieds, quitte à souffrir à chaque pas, pour ne pas céder à la confortable facilité de grosses Nike ou assimilés.


Invraisemblable et absurde pour le commun de mes contemporains, elle était tout entière dans cet acharnement archaïque : point de culte du carpe diem, mais un attachement forcené à son paraître qui allait bien au-delà d’une banale question d’apparence. C’est toute une philosophie de l’effort existentiel qui transparaissait chez elle, comme une vigie urticante pour se rappeler de l’attention constante qu’on doit avoir à se détacher de nos penchants barbares, ceux qui font ressembler certains coins de notre planète à des aires sanglantes. Ses escarpins combattaient cette tendance si absorbante au laisser-faire, à l’aune de ses instincts. Son visage respirait ce combat sur elle-même qui tranchait sur beaucoup des occupants de La Providence (sa maison de retraite).

Ma princesse-grand-mère avait toute la conscience d’elle-même, n’hésitant jamais à amplifier son désagrément d’être un «poids» pour nous dans telle ou telle situation, ce qu’elle n’a bien sûr jamais été. Ses tendres râlages la mettaient à des années-lumière de la vieillesse impotente qui ne donne plus l’illusion que par ce que la personne a été…
Ma grand-mère a été elle-même à chaque instant, totalement en emprise sur le présent, d’une capacité à être par sa tête qui aurait pu faire passer pour de vagues légumes nombre de plus, beaucoup plus jeunes…


Ma grand-mère, à embrasser de tout mon amour, n’est plus, et je tourneboule mes souvenirs sans savoir par quelle facette les aborder. Ne sachant résumer en quelques malheureuses pages, et ne possédant pas une mémoire du détail factuel, je me résous à l’essentiel : lui adresser, par delà son récent départ, mes plus chaudes et reconnaissantes pensées pour la belle et fabuleuse grand-mère qu’elle n’a jamais cessé d’être.


02 décembre 2006

Désir tranquille

A y est ! les deux fauves voraces s’ébrouent dans l’espoir de lécher les ors élyséens.
De la force qui se rompt…
A ma droite, le vivace (l’agité, pour les contempteurs) qui n’en finit plus de se déclarer, comme une antienne autosuggestive. Depuis son coup de rasoir évocatoire jusqu’à la dernière trouvaille sémantique de son équipe de campagne en ébullition (en surchauffe ?), le bouffeur de racaille ne parvient pas à convaincre de son « désir d’avenir serein », mais empreint de bouleversements radicaux.
A l’ère de la surcommunication, un slogan rabâché fera l’affaire pour maquiller les écarts inquiétants : « La rupture tranquille »… Merci à feu Fanfan mité qui, en 1981, était allé chercher dans les fosses du publicitaire Ségéla « La force tranquille ».
Avec ce nouvel oxymoron, les ambitions de l’étalon enragé peuvent s’épanouir, au point d’engloutir les quelques voix dissonantes qui s’élèvent de son parti. Trop affûté pour être crédible en père tranquille, il tente d’arrondir ses angulosités par ce leurre sorti tout droit du pays des merveilles politiques. Que la force rompe avec toi… cher Nicolas !

…à la diplomatie participative !
A ma… gauche (enfin, je crois), la madone aux crocs dressés cisèle sa stature internationale. Après avoir évacué d’une bourrasque consultative ses deux rivaux internes, elle persiste, au Liban, dans cette volonté farouche de s’imprégner de l’alentour pour préciser, voire nourrir son discours.
L’immaculée candidate reprochait à son principal adversaire de droite d’avoir affiché son américanisme douteux, la voilà qui tutoie la complaisance avec un mouvement terroriste dont les haines n’ont rien à envier au réseau-frère Al Qaida. La langue de la féline a dérapé, sans aucun doute, mais à force de vouloir toujours écouter et s’inspirer des dires de l’autre, on se renie soi-même.
Son désir… de venir au palais de l’Elysée ne doit pas l’autoriser à l’incohérence diplomatique : un coup je déclare, dans l’hexagone, que l’Iran n’a pas droit au nucléaire civil, m’asseyant, avec élégance toutefois, sur les accords internationaux ; un autre coup, en pays étranger, j’accepte d’écouter les véhémences du Hezbollah et je comprends, voire je cautionne, sa haine des Etats-Unis. Attention, Madame la candidate, on ne peut pas rendre tout participatif, sinon l’âme vertueuse, dont on se drape, finira en loques interlopes.


Voilà ce court bestiaire de précampagne, en espérant que chaque prétendant à la cour républicaine soit davantage conduit par l’intérêt supérieur du pays que par la vague intérieure d’ambitions à court terme.
La France, notre France, en vaut la peine, non ?

23 octobre 2006

Dérisoire ? Je sais...

Le jeu politico-médiatique poursuit ses frasques, ses à-coups illusoires, ses semblants de conviction. La semaine passée, premier acte de l’oral télévisé des trois prétendants socialistes.

Chacun s’est essayé à l’équilibre subtil entre savoir se démarquer sans trop s’écarter du programme officiel, ni trop montrer sa haine des deux autres. Des roucoulades, des ronronnements conceptuels et techniques, mais peu d’ouverture de voies nouvelles, décoiffantes, imprégnées d’un projet transcendant.


La voix et les intonations désagréables de Royal s’associaient à un discours se réclamant de la proximité, et, pour le coup, le nez était trop collé à l’accessoire pour vraiment insuffler le renouveau.

L’enveloppe rassurante, et un peu économico-lénifiante de Strauss-Kahn pourrait laisser croire à une stature d’homme d’Etat. Le décryptage au plus près de ses déclarations révèle l’absence d’amplitude des idées qui tournent dans le cercle simpliste de quelques pseudo mécaniques économiques.

Enfin, le transfiguré Fabius, réincarné en révolutionnaire rouge, aux senteurs coco (pas le numéro 5 !) de la plus sovkhozienne époque : bien pour le folklore, pour faire applaudir les militants nostalgiques de la rose mitterrandienne version décennie 80 naissante, mais inconcevable à la tête d’un pays se réclamant du XXIe siècle. Que M. Fabius-Laguiller conserve précieusement son International… dans le formol comme témoignage historique, mais pas comme projet politique, pitié !

A droite on se gausse, mais le bal ne s’annonce pas plus réjouissant : un Sarkozy arc-bouté sur ses ambitions personnelles au détriment des françaises ; un Dupont-Aignan façon blé en herbe qu’il faut laisser mûrir pour apprécier la sincérité de sa démarche ; un Villepin à l’héroïsme rogné qui se contente d’un attentisme discret ; une Alliot-Marie dont la rigidité semble parfois lui interdire la sphère subtilement subversive du pouvoir présidentiel ; et notre président qui pourrait rempiler ? qui peut croire à une quelconque faisabilité ?

Tableau des protagonistes prêts à dégainer dès que possible. Amen !

08 octobre 2006

Capitulation des consciences


Trente sept piges dans les gencives et rien pour s’égayer. (…) je me recentre sur l’actualité terrifiante du moment. Après les caricatures danoises, l’opéra annulé en Allemagne, notre tour est venu : la critique virulente d’un professeur de philosophie engendre une condamnation à mort par des intégristes islamistes.

A-t-on vu une seule manifestation de tous ces musulmans dits modérés pour dénoncer cette atteinte gravissime à la liberté d’expression ? Sûrement pas. La complaisance envers les intégristes de l’Islam s’insinue, insidieusement, dans la tête de ces croyants, et la lâcheté de nos politiques, de la plupart des intellectuels au silence assourdissant, laisse songeur sur l’étendue de la capitulation des consciences.

Le cher Antoine Sfer est lui aussi inquiété pour avoir fait paraître, dans Le Figaro, une analyse, certes plus subtile, mais néanmoins sévère (trop au goût de ces groupuscules islamistes) envers une certaine forme d’Islam.
Les mots amalgament-ils trop ? Musulmans, islamistes : quel partage ?


Aujourd’hui notre liberté d’expression est clairement menacée via l’exposition médiatique. Un blog perdu sur la toile pourra sans doute garder sa liberté de ton… jusqu’à ce qu’un excité du choc des civilisations s’en empare pour appeler au meurtre.


Qu’y a-t-il à comprendre dans cette démarche de destruction physique de celui avec qui on est en rupture idéologique ? Rien d’autre qu’un détournement du spirituel prétendu au profit de la barbarie ordinaire. Etant donné les choix migratoires adoptés pendant des décennies par les gouvernants, nous nous retrouvons avec des ennemis de notre forme de vie, de nos mœurs, de notre civilisation nichés à l’intérieur même du pays, prêts à égorger en cas d’amorce de conflit généralisé en interne, une guerre civile larvée, en somme. La plupart de ces vomisseurs des Etats-Unis gerbent aussi, sans parfois se l’avouer, sur notre propre forme d’existence.

Comment rester subtil sans poser des principes non négociables : le régime laïc qui accorde à chacun une liberté d’expression à laquelle s’attache un droit de réponse, voire une poursuite judiciaire pour diffamation. Mais rien de tout cela ne vaut pour les irrationnels religieux assoiffés de sang d’impies.

07 octobre 2006

Ôde à Luter

Découverte d’un univers de sensualité rythmique sur le tournoyant vinyle de Sydney Bechet joué par Claude Luter. Un 33 tours prêté par mon père et me voilà transporté dans ces joyeuses contrées aux courants musicaux.

Je venais d’entrer en jazz : m’esclaffer sans retenue avec Armstrong, suivre les notes fusantes d’Art Farmer, garder le tempo avec Wayne Shorter, plonger vers les bases au gré d’un Paul Chambers, me laisser caresser par les prolongations vocales de Sheila Jordan, flirter avec les transes dansantes de Herbie Hancock, revenir à du classique transcendé par Helmo Hope, me faire décoiffer la tronche par la bourrasque Jay Jay Johnson, chérir Lou et louer Dolnaldson pour les morceaux endiablés, se laisser aspirer par les dénivellations sonores du Benny Carter pour reposer son rythme cardiaque chez Hank Mobley, avec une rasade de blanches et noires virevoltantes de Thelonius Monk, et la course reprend, frénétique, au son d’US3 avant d’oublier la caisse pour du free Tristano and Marsh, mais Les Mc Lann LTD, en belle embuscade, nous ramène vers de doux tintements, glisser toujours avec les cuivres ravageurs de Stan Kenton ou se laisser habiter par l’harmonie Hutcherson…

Continuer à l’infini pour l’étoile Luter qui m’a ouvert le firmament "charnellisé" du jazz. Sol Lutte Air !

23 septembre 2006

Canivet ! Gare au Gorille

Je pourrais très facilement abonder dans la fustigation du Sarkozy accusé du pire des crimes pour un détenteur de pouvoir politique : l’atteinte à la séparation des pouvoirs.

Voilà donc un ministre de l’Intérieur, numéro deux du gouvernement et, à ce titre, une des têtes de proue de l’exécutif, qui critique une parcelle du pouvoir judiciaire. De là, l’institution s’insurge, s’effarouche comme une vierge prude à qui l’on chantonnerait quelques vers du Plaisir des dieux !

Rappelez-vous la commission d’enquête parlementaire face au juge Burgaud. Là aussi, les syndicats de magistrats s’étaient offusqués du rudoiement verbal de l’incompétent juge d’instruction qui lui, avec la participation de l’institution judiciaire, avait anéanti la vie d’innocents.

Dans ces deux cas, la magistrature se révèle dans sa pernicieuse revendication de corps intouchable, sauf par elle-même avec sa batterie de sanctions-promotions pour les quelques ouailles disjonctées.

Au nom de quelle miraculeuse légitimité ces ex étudiants en droit seraient-ils dispensés de tout regard critique extérieur ? Le tribunal de Bobigny ? Il faudrait le louer comme il faudrait saluer la magistrale éthique du Burgaud dans son boulot ! Ce n’est plus de la séparation des pouvoirs à la Montesquieu, c’est l’élévation du pouvoir judiciaire au-dessus des deux autres pour s’ériger comme l’inatteignable.


Le laxisme de la justice revient à laisser des multirécidivistes terroriser leur territoire d’exercice, rendant vaines les arrestations policières : n’y a-t-il pas là, dans les actes et donc bien plus gravement que l’effet de quelques paroles bien senties, une atteinte au pouvoir exécutif de la sécurité publique et une complicité, de fait, de certains magistrats, par peur, défaitisme ou idéologie, avec les malfaisants ?

Alors donnons à la Justice les moyens de rendre correctement ses sentences, mais ne nous privons plus de stigmatiser les inconséquences de certains de ses représentants pour ne pas aboutir au paradoxe de laisser croupir en prison des accusés de pédophilie présumés innocents (car en préventive) mais de dispenser fréquemment les salopards, terreurs des cités, de la moindre sévérité à leur encontre.

05 septembre 2006

Castro : castrateur de Cuba

L’Humanité, le journal communiste français, n’a rien changé de sa complaisance envers les régimes autoritaires à étiquette rouge.

Lors de l'hospitalisation de Castro, les quotidiens hexagonaux analysent sévèrement son cas politique et l’Etat policier, mis en place par ce flamboyant escroc idéologique, avec sources de renseignements sur les écarts des citoyens dans chaque pâté de maisons.

Toute la presse ? Non. Un petit journal aux résurgences marxistes éculées cultive sa résistance à la lucidité et à la vérité sous couvert du factuel. Les faits matériels du moment, rien que cela : aucun bilan du régime cubain, de la fortune amassée par Fidel sur le dos du peuple, des emprisonnements arbitraires, des tortures révolutionnaires, de la corruption généralisée, de la ruine d’un pays victime de la folie communiste.

Rappelons que cette idéologie a engendré bien plus de cadavres, et de très loin, que les nazisme et fascisme réunis, car elle a avancé sous le masque de la générosité factice pour les plus modestes. Un rapt, en fait, de plusieurs dizaines de pays durant quelques décennies.

Les empaillés du XXIe siècle, Corée du Nord et Cuba, poursuivent le grand œuvre des Lénine, Staline, Mao and Cie inspirés par les idéologues barbus qui en rappellent d’autres pour cet art de la manipulation du peuple en vue de combler des intérêts personnels de pouvoir et de volonté de toute puissance.

Ces extrémismes idéologiques (communisme, nazisme, intégrisme religieux) se nourrissent du projet d’éradiquer une partie de l’humanité ne correspondant pas à leur projet messianique. Comment un titre de la grande presse française, maintenu à flots financiers à coups de subventions et d’avantages fiscaux, peut-il encore, même hypocritement, soutenir le régime castriste, insulte à tous les droits de l’homme dont les journalistes de ce journal se rengorgent dès qu’un Sarkozy prend une décision dans la gestion des flux migratoires ?

Là, on s’indigne, on crie à la dérive autoritaire, au fascisme perlant ! Quelle rigolade ! Quelle honte pour ces plumitifs du communisme qui ne lèveront pas leur plume contre les dizaines de milliers d’assassinats étatiques commandités par Fidel Castro, don Quichotte sanguinaire, vieille garde des barbares qui empuantissent l’humanité.

Comment peut-on encore accepter qu’un si beau terme, l’humanité, baptise un quotidien qui essuie, en détournant les yeux, les flaques de sang et de larmes que verse le peuple cubain depuis les débuts de la feue guerre froide ? Et l’on croyait cette période renvoyée à la préhistoire : c’était sans compter l’acharnement des tyrans de Cuba, Corée du Nord et (dans une moindre mesure ?) Chine.

Et puis le marxisme a sa relève dans l’oppression des esprits: le ben ladénisme insuffle sa terreur par la soumission à ses diktats via des manipulés décervelés…
Cet article est également paru sur Agoravox
Pour voir le débat créé autour cliquez sur le mot "Agoravox" ci-dessus.

06 juin 2006

La voie "Royal"

Depuis Fontès, me reviennent par la presse et les ondes radio le tintamarre alambiqué autour des déclarations de la séduisante Royal. Le Strauss-Kahn s’ébouriffe, le Lang tergiverse, l’Aubry s’étrangle, le Fabius sermonne et même le Hollande, son légitime de mari, se voit contraint de reléguer les idées de sa Ségolène sur l’étagère des infréquentables. A l’inverse, quelques voix s’ébrouent pour approuver la fin d’une démarche hypocrite et suicidaire dans le traitement de la délinquance juvénile : des députés, des maires du 9-3 et le toujours alerte Chevènement.

Voilà enfin un véritable schisme dans la gauche : entre les indécrottables adeptes de la prévention à œillères, celle qui excuse a priori toutes les formes de sauvagerie, voire de barbarie, des jeunes terreurs de cité ; et les autres, minoritaires, qui prennent conscience de la vanité des bons sentiments à l’égard des saloperies malfaisantes. Le « tendez-la-joue » de gauche pour résoudre les dérives d’une infime partie de la jeunesse, mais part polluante majeure des quartiers sous leur coupe, a fait son temps. L’exégèse socio-psychanalytique des causes ne doit plus parasiter l’action efficace pour rétablir dans ces zones l’ordre public tant réclamé par les populations locales.

La gangrène n’est évidemment pas nouvelle, et beaucoup d’entre nous peuvent évoquer la présence terrorisante d’une bande dans un immeuble, un quartier, une école. Ma scolarité s’est faite, en partie, sous l’atmosphère tolérante des socialistes au pouvoir. Ainsi, de 1983 à 1985, le C.E.S. de Conflans-Sainte-Honorine (ville administrée par Michel Rocard), pourtant bien plus calme que celui d’Éragny-sur-Oise où je résidais, accueillait un trio de branleurs à qui l’encadrement militaire aurait profité grandement, m’évitant ces nombreuses récréations gâchées jusqu’au jour où l’un d’eux, venu me titiller en solitaire, sûr de sa toute puissance, s’est chopé mon pied au cul avant de prendre les siens à son cou. De ce jour, après quelques stériles menaces de représailles du trio de morveux, j’ai intégré la salubrité de la répression personnelle, et jamais plus personne n’est venu me chercher des noises. Sans doute que l’encadrement socialisant du collège avait une approche compatissante de ces pauvres merdeux délaissés ou martyrisés dès leur jeune âge. Pour ces ratés familiaux, il faudrait tolérer leur empuantissement des lieux publics ? Quelle négation des fondements mêmes de la vie en collectivité. Point de contrat social chez les extrémistes de la tolérance ciblée comme les sbires de Lutte ouvrière, mais un culte du diktat des échoués. On comprend la haine que ces enfarinés du Grand Soir peuvent porter à l’irrévérencieuse Ségolène Royal.

Feu de paille ou vraie naissance d’une conscience à gauche que les méchants ne se focalisent pas que chez les possédants ? A observer le cirque des indignés de la Rose, on peut douter de l’émergence durable d’une approche lucide de ce fléau social chez les héritiers des potes de Tonton.

18 mai 2006

Lorgnette en fête !

Première journée de 2006 à prendre le soleil au parc de la tête d’Or, en lisière de la roseraie, là où quelques bancs s’offrent dans un cocon vert. Torse nu défendu à l’instant par deux limités de la police municipale, aux aguets pour exercer leurs petits pouvoirs. Sept ans que je fréquente ce lieu, et me voilà prié de remettre le tee-shirt, sans doute pour ne pas troubler la vieille dame qui passe.
Argument avancé par les képis frustrés : on n’est pas à Miribel Jonage. Effectivement, je n’ai ni mon maillot de bain, ni mes saucisses puantes à frire, ni mes gueulantes de braillards… juste un torse encore potable.
Voilà le type d’excès bêtifiants d’un ordre public où l’on s’aplatit devant des barbares-casseurs déchaînés, et où le citoyen calme et respectueux d’autrui se fait emmerder par ces représentants de l’action incohérente.
Avant ce petit accroc dans ma sérénité préestivale, j’observais, sur le banc connexe, un couple âgé en différend à chaque amorce d’échanges. Une femme aboyeuse, un bougre encaissant par bougonnements imprécis : calamiteuse représentation de la dualité.
Zappant sur la FM parmi la vingtaine de stations préréglées : le 96.1 me dévoile en chocs rythmiques bien assénés une des perles singuées de la Diams revendiquée Boulette. Boule d’énergie ciselée, même si le contenu me partage. « Pas l’école qui nous a dicté nos codes ! » : à cent pour cent pour le fond, mais aux antipodes pour les choix. Le firmament (limité) du rap français accueille en tout cas un joyau créatif.
(rédigé le 19 avril 2006)

01 mai 2006

Contes sur Clearstream


Une bien morose fête du travail pour le Premier ministre. La campagne de presse qui se déchaîne contre lui dans cette affaire corbeautée lui laisse une terne alternative : admettre et se démettre en forme de Waterloo personnel, ou nier et s’accrocher dans la minable tradition des bigorneaux politiques.
Curieusement, le gros des éditorialistes limite sa verve à l’échevelé dépité sans redoubler la charge contre son chef qui, selon les déclarations du général Rondot, serait la source originelle du déclenchement de l’enquête dans l’ombre réclamée contre le gêneur Sarkozy.
Voilà du lourd : la sphère opaque du Renseignement, jusqu’alors évanescence muette pour le commun des mortels, se risque à l’opération Portes ouvertes… aux scandales.
Des éléments nous échappent certainement, mais la pointe de l’iceberg suffit à entretenir la nausée qui s’installe chez tout observateur affûté des miasmes gouvernementaux et présidentiels. Des ficelles bien grosses dans cette tentative d’éliminer, dès 2004, celui qui se posait en rival bien rasé du vieillissant Chirac. Une seule question capitale subsiste : qui est le corbeau, et peut-être surtout qui lui a suggéré l’envoi de cette liste grossièrement falsifiée ?
La version fade serait un coup des chiraquiens. Beaucoup plus machiavélique, rappelant les arcanes du faux attentat de l’Observatoire contre Mitterrand, serait l’approche du «faites-en sorte qu’il ait l’impression que l’idée vienne de lui» (principe du manipulateur manipulé dans L’Aile ou la cuisse de Claude Zidi). Imaginons que le corbeau soit effectivement un sbire chiraquien approché par un occulte sarkozyste non déclaré qui, par talent rhétorique, l’amène à avoir l’idée d'une liste trafiquée (en l’élargissant à d’autres personnalités pour qu’elle paraisse plus crédible, moins focalisée). L’objectif des créateurs du corbeau est de lui faire lancer un appât auquel les Villepin-Chirac, en quête d’une voie pour neutraliser le Sarkozy, pourraient mordre, préparant ainsi, sans s’en douter, leur fatal discrédit. Ajoutons à cette hypothèse quelques autres contacts clandestins pour que la supercherie se révèle au moment opportun : voilà qui relèverait de la magnifique salauderie.
A moins qu’un royaliste underground (pas de la couronne mais de la Ségolène) soit la clé de cette fumeuse affaire selon, grosso modo, la même stratégie de fond (ce qui expliquerait la présence de DSK sur la liste explosive).
A moins qu’une inavouable alliance d’adversaires ait eu pour impératif d’évacuer un ennemi commun…
Tout cela ? Sans doute des contes pour contempteur du ruisseau bourbeux dans lequel pataugent quelques gouvernants…

25 avril 2006

Humanité bas perchée

Diffusion par Arte du Cauchemar de Darwin de Hubert Sauper, dont je n’avais suivi que de loin les polémiques attenantes. Ce documentaire sans complaisance, un peu à la façon des instantanés de l’émission Strip-tease qui rapportait sans commenter des tranches de vie, nous révèle l’Afrique telle qu’elle est et meurt aujourd’hui. Non que je ne sache rien des fléaux et exploitations acharnées du continent par les colonisateurs économiques, avant d’avoir découvert ce chef d’œuvre réaliste ; mais l’incisive démonstration des images, l’authenticité des autochtones, les contrastes de situations vous prennent à la gorge, rendant presque honteux d’appartenir au même coin géographique que les exploiteurs des lieux.
Des images en vrac me reviennent : ces enfants des rues se battant comme une meute affamée autour d’une écuelle de riz ; cette femme mettant à sécher les restes (têtes et arêtes) de perches en repoussant les vers qui ont investi les plus anciens jonchant le sol ; ce gardien de l’Institut national des pêcheries qui espère la guerre en Tanzanie et son engagement à tuer pour régler ses problèmes de survie ; cette Héloïse, prostituée aux yeux de chat, qui chantonne en douceur devant la caméra de Sauper, victime quelques semaines plus tard du défoulement meurtrier d’un barbare australien ;
cette femme morte-vivante, atteinte par le Sida et qui parvient, dans un souffle de voix désespéré, à révéler qu’elle ne peut plus se nourrir… Galerie éperdue de ces sacrifiés pour l’opulence préservée des potentats du régime, des quelques gros bonnets de pays riches (l’Europe en tête) impliqués dans le pillage légalisé, et finalement pour maintenir le déséquilibre mondial en notre faveur.
La perche du lac Victoria comme parangon d’une ignoble manière d’exploiter l’Afrique en lieu et place du peuple africain. Ne nous leurrons pas de naïveté, toutefois : si notre continent avait été le point faible à dépouiller, les autres coins du monde (y compris le continent noir) se précipiteraient comme autant de charognards gourmands. Le vice du système tient à une humanité indigne qui ne respecte que la loi du plus fort, sous d’hypocrites révérences à la légalité affichée.


11 avril 2006

Un panache... de vile fin



En tas fumant le panache du Premier ministre. Avoir cédé à la montée en puissance moutonnière d’une minorité agissante, sans en tirer effectivement les conséquences personnelles, confirme sa filiation politique : aux antipodes de l’esprit gaulliste et bien ancrée dans la pratique chiraquienne du pouvoir. Les manettes de l’exécutif aux pinces de crustacés indélogeables, mais sans détermination réelle et à la logique gestionnaire bien fluctuante.
Facile, sans doute, d’achever ce diplomate « saponifiant » à terre, mais à la différence des charognards du pavé et de quelques feuilles, je soutenais son projet. C’est l’abandon de sa ligne, après une promulgation fantoche (pour l’article huit seulement, mais capitalement !) qui navre et désespère de ce pays.
Dans sa méthode Coué déclinée devant un Poivre d’Arvor presque compatissant, il a terminé sur une piste de réforme des universités. Une façon d’afficher qu’il persiste dans sa lancée, mais une idée suicidaire qu’il devrait se garder de mettre en œuvre. Les Devaquet, Juppé, Ferry, Fillon and Cie ont connu à leurs dépens les charnières minées des terrains de l’enseignement et de la jeunesse.
Qu’il demeure accroché à son rocher Matignon sans vagues faire, en espérant que la dextérité de la population à oublier lui redonne un peu du panache passé.
Quant au pays, il est entre les mains de syndicats statistiquement non représentatifs, de quelques cohortes bruyantes et représentatives que d’elles-mêmes – soit moins de 5% des Français, en retenant les chiffres les plus optimistes – le tout sous le regard gourmand d’une opposition qui se dispense ainsi de tout programme de rechange, profitant de facto du chaos puis de l’enlisement national. Bravo les artistes ! Tristes pitres…

01 avril 2006

Ambiance raide !

23h au Red Lions.
Déterrer le palmipède boiteux ou s’envoler à la nageoire d’une arête nauséabonde ? L’occasion de renouer avec la charge encrée en ces jours pseudo prérévolutionnaires.
Avant de débarquer à mon pub préféré, encore non fréquenté en 2006, vu Les détectives de l’histoire : objectif de remuer la matière encombrante d’un passé collectif mal assumé. Pour ce premier charcutage, la polémique prise de pouvoir du grand Charles. L’exception du personnage réifie les volutes soupçonneuses sur la légalité de l’accoucheur de la Ve.
Sur Way Come From, divinement vocalisé par B., je dérive du majestueux Général
au dégingandé Chirac, m’effondrant pour entrevoir une quelconque cohérence dans le passage prédémentiel de l’exécuteur en chef de notre Constitution. Sa dernière trouvaille institutionnelle après la dissolution suicidaire de 1997 : la promulgation fantôme ! Pour tenter la conciliation suprême des belliqueux de tous bords et ne pas s’écarter de son rôle premier en matière législative, il exécute tortueusement son devoir, botte l’arrière train de son fidèle de Villepin et gratifie l’opportuniste Sarkozy d’une reprise cautionnée d’initiative.
« Surréaliste » pour le littéraire Bayrou qui reprend les fondamentaux, Robert à l’appui, de la notion de promulgation, laquelle implique l’application immédiate. Mitterrand, l’histrion du faux attentat, déblatérait sur Le Coup d’Etat permanent du chef historique de la France libre ; la première décennie du siècle se sera avachie dans les à-coups du fat déprimant. Le cap du chef de gouvernement vient d’être amputé de sa superbe, dans un galimatias tarte à la crème. Désormais, les boulevards s’offrent aux barbares à capuches, agités ultraviolents à éradiquer sans ménagement. Voilà une légitime cible à haïr pour la masse mobilisée,
au lieu et place des rengaines de frileux. Aspiration des manifestants : le fonctionnariat, une stabilité ouatée par la ceinture, les bretelles et le parachute, le tout sur un matelas de têtes capitalistes fraîchement tranchées…
A l’époque sempiternelle où le sacré ensanglante à tout va, les paumés du pavé s’acharnent contre l’élémentaire liberté d’entreprise, clouant au pilori, par préjugé idéologique, toute tentative pragmatique. L’effet panurge du désespoir cultivé fait le reste. Quelques écarts ludiques entretiennent la distance d’avec la fosse commune, celle qu’un chanteur de bon aloi voit se remplir dangereusement de purin.

20 mars 2006

Les Croisés pour l'enlisement... ces péteux !

Jeudi 9 mars
Le son estudiantin gronderait-il sur le parvis des universités françaises ? Nouvelle démonstration d’une cohorte de petits vieux prématurés qui défilent pour l’emploi à vie. Non contents de jouer aux autruches en occultant les réalités économiques (j’entendais ce soir une représentante d’un syndicat d’étudiants réclamer l’embauche massive de l’Etat, pour approfondir nos déficits abyssaux : l’idéal !), ils affichent une conception démocratique qui s’apparente à l’intimidation syndicale pour ceux qui veulent suivre leurs cours, voire qui ne partagent pas leurs analyses. Invocations aux cieux d’une économie florissante pour un plein emploi… et interdiction au gouvernement de toute initiative.
Ces ribambelles gigotantes risquent d’avoir raison du CPE, outil de plus à la trappe, histoire de s’enfoncer un peu plus dans le bourbier.
Le peuple français qui gâche la construction européenne, les gesticulateurs immatures (et pas forcément majoritaires chez les jeunes générations) qui empêchent toute modernisation des moyens socio-économiques : autant j’aime ce pays pour sa terre et son histoire, autant sa population m’écoeure davantage le temps passant. Alors pourquoi s’ingénier à approfondir ?

Lundi 13 mars
Là, seule obsession : la petite, médiocre, mais si rassurante stabilité de l’emploi, rengaine éculée des trente glorieuses, mais colportée par quelques esprits malhonnêtes et opportunistes. Dès demain, le cirque gesticulatoire reprend, avec l’attente forcenée d’un retrait d’une loi votée (49-3 ou pas, l’article majeur avait été accepté par la majorité des députés), bafouant, se torchant ainsi avec le principe de la démocratie représentative.


Samedi 18 mars
Se défaire un peu des rogatons sociaux qui se perdent autour des tentatives de réforme. Aurais-je délaissé mon penchant aux défoulements contre l’Etat ? Brandir ses doléances pour ne surtout rien tenter, vagir contre l’abysse croissant et se raidir à toute amorce de comblement m’inclinent à défendre un geste qui pourrait, au minimum, recevoir le bénéfice du doute.
L’exécutif subit l’effet panurge d’un grondement social. Tenir et s’ouvrir, le fil du pouvoir exige le pire pour de Villepin : se renier par le truchement d’une rue braillarde toujours minoritaire, mais qui tonne le gong médiatique avec l’entrain éperdu d’un âge révolu. La France se cloître dans de suicidaires certitudes. Ainsi, croire que le bon Etat providence doit financer à flot pour contrer les infâmes entrepreneurs arqués, chevillés, empalés sur l’appel du pire : le dévoiement systématique des outils sociaux proposés. Le CPE aurait comme seule raison d’être l’irrésistible congédiement du malheureux, de l’esclavagivisé salarié dans les 730 jours suivant son embauche. Certitude assénée par les Croisés pour l’Enlisement (amuseurs publics, au demeurant, pour leur détournement de l’abréviation vilipendée) qui voient partout des capitalistes prendre les gueux qui traînent, exploités a priori, formés accessoirement, et finalement victimes de la salauderie patronale. Les relents prolétariens s’excitent devant tant de gorges capitalistes à trancher… Les archaïques s’ébrouent et empuantissent notre air !

05 mars 2006

Mon Panthéon en verve !

L’abbé Pierre : volée de bois sec

Le vieil abbé Pierre, lorsqu'il vitupère à tout vent, m'évoque irrésistiblement le bourru Léautaud. On se doute de ce qui les oppose, je ne vais pas m'étaler sur cette évidence. Mais combien est plus importante l'allure acquise avec l'âge.
L'intelligence est bien le vrai breuvage de jouvence. Vieux philosophes encore plus révoltés qu'hier, prêts pour se dépasser le lendemain, les connexions neuronales plus claires et plus rapides. Le discours des deux hommes est certainement le fruit de cette épuration.
La force d'aller à l'essentiel, une culture fondue dans l'idée, une dialectique tendue vers la persuasion. Quels que soient les principes défendus, leur présentation force l'intérêt. Les arguments, les références, les anecdotes, le pétillement éclairé de l'ensemble clouent sur son affligeant babil la terne humanité.
Qu'on arrête donc de nous gonfler les glandes avec la féculente pisse philosophique d'un B.-H. L. ; qu'on arrête de nous bassiner avec tous ces politicards qui se tartinent les blandices du système et ruminent la frustration du pouvoir partagé. Place aux insurgés qui rentrent dans le lard des somnolents.
18 décembre 1989


Louis Armstrong : joyeusement religieux

A écouter Louis Armstrong passer tour à tour du ronronnement métallique au grondement jovial, j'étais presque parti pour m'engager dans le corps monacal. Déficience d'un instant. Me faire noir poserait déjà un certain problème, notamment pour épater le pif, mais me laisser glisser vers, puis dans la soutane, il en est hors de question.
Certes, Armstrong embrassant le Good Book nous élève bien au-dessus des raideurs religieuses. Mais l'envolée n'est bien due qu'au seul Louis, à sa joie de vivre et à l'intense, voire paroxystique, vibration de ses cordes. Que pourrait bien sermonner un ecclésiastique après avoir écouté les rythmes swingués du noir, et l'orgiaque débordement de ses explosions gutturales ? Peut-être cela l'aiderait-il à mirer d'un peu plus loin les monumentaux postulats d'un système qui vous constiperait l'athée le plus prolixe en selles liquéfiées. Mangez mes frères.
J'ai toujours trouvé quelque chose de très laid et de très malsain dans la religion. Je crois bien que c'est son rapport à la mort qui me dégoûte. Rien de grand, rien de combattant, rien d' « illuminant ».Voyez les églises et les cathédrales de notre religion à nous. Qu'y a-t-il de plus froid ? Et puis ça n'est pas avec la hauteur des plafonds que l'on fait les grands esprits, comme dirait mon couvreur qui en est un autre.
De la grosse bête au pâle humanoïde en passant par la plus nébuleuse des immanences, tout ce qui est déifié n'apporte que rarement la joie de vivre. Et ses portefaix encore moins. Au moins Armstrong nous aura fait mouiller la Bible et juter le Coran.
Une chance que Cabrel soit encore parmi nous pour accrocher son âme au rocher. Nom de Dieu ! Un jour il va la perdre à la laisser traîner comme ça partout.
27 janvier 1990
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Brûlant hommage à Bruni


Mon premier grattage pour ces pages devait imploser par la cristallisation des méfaits actuels. L'engorgement des affaires foireuses, des piètres delirium politiques, des ras de crasse toutes catégories aurait soulagé sans peine mon besoin de charcutage pamphlétaire. Non, point.
Bien que rarement éclairé par Big Média cathodique, je focalise ma plume sur l'image d'une âme incarnée dans un corps sirènéen.
Carla Bruni chez Laurent Boyer soulage une petite heure mes fureurs douloureuses sur les glauques qui transmuent notre terre en vieille croûte pustuleuse. La féminité de la demoiselle se conjugue à une lucidité sans concession et à une générosité sans parade. Le bonheur épuré nous irrigue à la seule vue du top model.
Peu importe les ronchons frisottés qui fusillent nos Schiffer, je suis moi d'instinct porté vers la beauté et non la difformité, comme vers la construction et point le saccage, l'intelligence et non l'oligophrénie, l'authenticité et point la révolte de tiroir-caisse.
Je ne connais rien de la belle Bruni, et je n'inscris que les impressions brutes comme pour une première rencontre. Pas une once de lourdeur, d'incongruité, de complaisance ou de vulgarité dans toute sa prestation. Féminité, légèreté, grâce, humour, sens de l’autocritique, et j'en passe. Peut-être ai-je été berné comme un primaire couillon, mais avec quel talent ! Il faudrait alors ajouter à ses dons la génialité.
Vraie prouesse de varier les attitudes et les propos en maîtrisant chaque émanation de soi. D'une chansonnette murmurée dans un timbre envoûtant, à la bataille de polochons improvisée, en passant par la petite course en plein air hissée sur les épaules du gentil Boyer, les facettes étonnantes de la jeune femme se confirment dans son discours sur le mariage, son métier, les hommes, son avenir, ses parents adorés, etc.
Panégyrique s'il en est. La passion reste ma règle de la haine à la sublimation. Exit les pâlots du cortex !
9 janvier 1995


Bloy : « doux comme une teigne… »

Instants délicieux pour moi : le mélange des plaisir est sur ma tablette de train. Pour les oreilles, la dernière livraison de Phil Collins, douces

mélodies inspirantes. Pour la vue et accessoirement (!) l’esprit, Le Mendiant Ingrat du cataclysmique Léon Bloy, dans une édition de 1948, encore vierge de toute lecture. C’est au coupe-papier que je dois ouvrir et découvrir les pages. Presqu’aussi sensuel que d’ouvrir une demoiselle fruitée...
Cette considération :
« 8h40 du matin, train des employés. Ces gens qui se connaissent tous, arrivent, invariablement, un petit sac ou un petit panier de provisions à la main pour leur déjeuner au bureau. Ils se serrent la main et, du commencement de l'année à la fin, échangent les mêmes lieux communs dans lesquels on les ensevelira, après qu'ils auront fait semblant de mourir. »
Terrible et dérisoire destinée du commun des mortels, ce que Heïm rassemble sous la catégorie « d'usines à merde s'agitant dans leur activité occupationnelle ».
Dans un article inédit au titre prometteur, La revanche de l'Infâme, cette définition du conducteur de voiture : « tout automobiliste ambitieux est un assassin avec préméditation ». Cela fait belle lurette que je suis conscient de vivre dans un monde de délinquants.
Décidément, les aphorismes abondent chez notre truculent désespéré : « Il y eut, autrefois, la sélection merveilleuse du Sang et de l'Âme qui s'est nommée l'aristocratie des vertus. Il y a, aujourd'hui, la sélection de l'argent qui produit naturellement l'aristocratie des imbéciles et des assassins (...). »
Allez, encore deux belles formules :
« Les peintres ont le pouvoir de faire entendre par les yeux. »
« Les Prophètes sont des gens qui se souviennent de l’avenir. » Merci Léon !
Je comprends pourquoi, il y a quelques années, Heïm m'avait demandé d'attendre d'avoir mûri avant d'entreprendre la lecture de Bloy. Son agonie, sa misère plus profonde, les jours passants, terrifient le lecteur, mais l’extrême difficulté à vivre est transcendée par une révolte éperdue.
Le mendiant ingrat reçoit quelques francs d'un tout jeune enfant, André Martineau. L'enragé lui écrit ce mot touchant :
« Mon cher petit ami. Tu es le bienfaiteur de Léon Bloy. C'est une chose que tu ne peux pas encore très bien comprendre. Mais si, gardant cette lettre, tu la relis dans vingt ans, lorsque le pauvre Léon Bloy sera sous la terre, tu pleureras de pitié en songeant à la vie terrible de cet écrivain si malheureux. En même temps tu pleureras de joie en te souvenant que le pouvoir te fut donné de le consoler quelques heures. »
C'est quoi sa misère ? Lis donc : « On commence à ne plus pouvoir nourrir les enfants. Affranchissement d'une lettre nécessaire, trente centimes, une saignée en pleine carotide, un flot de sang ! ».
Mars 1994


Coldplay : tension musicale



Le dernier titre des Coldplay confirme mon enclin pour leur teinte musicale, une espèce d’état de tension semi-dramatique qui glisse avec retenue vers l’éclatement. Un lyrisme mélodique qui m’enchante.
27 juillet 2002


Le dernier album de Coldplay : une merveille ! De tels créateurs d’enivrement musical réconcilient le plus coriace misanthrope avec l’humanité. Cela enchante, élève, inspire, transcende. Un deuxième album encore plus créatif que le premier : l’assurance d’une œuvre d’exception. Chapeau à ces Anglais ! Voilà un vrai bonheur qui m’illumine : le talent de certains artistes.
26 août 2002

Léautaud : le plus attachant des bourrus


Livraison, hier soir, du Journal littéraire de Léautaud, en dix-neuf volumes, publié dans la décennie 50, pour l’essentiel, au Mercure de France. 1 500 francs (220 euros environ) chez un bouquiniste nantais : une affaire m’ouvrant la jouissive perspective d’une replongée dans cette fresque socio-intimiste des volumes XIII à XIX. L’œuvre majeure de Léautaud enfin dans ma bibliothèque. Je vais pouvoir rendre le volume XIII, emprunté voilà plusieurs années à Heïm et dont la lecture s’effectuait entre éclipses dominantes. Le plaisir de retrouver ces pages au papier épais, presque de chiffon, ces couvertures blanches, à la sobriété trompeuse pour qui se risque à les ouvrir, ce parfum de vieux bouquin bien conservé, à l’âge serein pour délivrer l’expérience d’une vie d’homme. Me reste à m’immerger totalement dans le monde de Léautaud : la galerie de portraits des gens qui comptent dans la littérature, ceux fustigés, les allusions à une actualité à recomposer.16 avril 2002
Lecture de quelques semaines de l’année 44 dans le volume XVI du JL de Léautaud : l’horreur ressentie et inscrite face aux massacres systématiques (comme celui ayant eu lieu en Pologne au début de la guerre et rapporté dans Combat) confirme la totale absence chez lui d’idéologie mortifère ou de complaisance envers celle qui prônerait de passer par le sang pour l’accomplissement de la doctrine défendue.
5 juillet 2005


A l’enterrement de Gide, et notamment lors de la vue du corps, moment prisé par l’écrivain, Léautaud ne peut retenir ses larmes : sincère chagrin pour la disparition de son confrère d’écriture ou conscience accentuée du temps qui passe et de sa fin prochaine ? Le temps des moissons de la Camarde dans nos contrées affectives ou amicales doit être particulièrement douloureux et angoissant lorsqu’on sait que notre moment d’être cueilli est naturellement (et si vite !) arrivé. Je pressens ce que seront ces décennies canoniques, si j’y parviens. Les remontées nostalgiques, les regrets de l’irréalisé, le sentiment de ne pas avoir embrassé pleinement chaque seconde et, peut-être, la sérénité de celui qui s’inscrit dans une histoire collective, au-delà de soi.
19 août 2002


Le Journal littéraire s’érige comme la forme d’écriture la plus en symbiose avec la trajectoire existentielle de Paul Léautaud : à son aune, selon une réactivité instinctive pour canaliser sa désespérance et prolonger une présence dans un monde abhorré. Diariste par plaisir avant tout, par besoin sans doute, mais peut-être aussi comme fidélité en actes à sa conception de l’art littéraire, non tourné vers soi-même dans l’attractive sphère de l’imaginaire, mais en prise avec la perception partielle, à brut, de son univers de vie, professionnel et affectivo-sexuel, de ses pensées en direct, sans la sécurité d’une mise à distance. Ne pas craindre la contradiction avec soi-même, l’outrance cathartique sur les autres, l’apparente incohérence d’une relation parcellaire, subjective et morcelée.
L’exemplaire harmonie entre ce témoignage écrit et ses entretiens radiophoniques laisse émerger le fond intentionnel de Léautaud d’une modernité involontaire. Le bougre misanthrope demeure comme auteur dans l’histoire littéraire par son Journal, essentiellement. Cette œuvre,
plus que toute autre, doit permettre de réhabiliter, de légitimer le genre diariste qui puise son attractivité dans ce qui peut apparaître, au premier abord, comme des défauts. Le côté tremblant qui sublime l’interprétation musicale se retrouve ici, en littérature, et offre une autre voie que celles de l’imagination peaufinée, de la structuration anticipée ou du lyrisme calculé. Ce direct littéraire accuse plus que tout autre l’écho de son auteur, dans sa capacité à être en écriture. De là un fondu qui fait du journal, simultanément, le creuset et l’œuvre. L’aune de Léautaud, avec ses envolées et ses mesquineries, ses inconséquences et ses engagements, ses transcendances et ses quotidiennetés, offre la plus humaine des oeuvres, celle qui se donne malgré sa faillibilité. La proximité littéraire, voilà qui n’est pas le moindre des paradoxes pour le reclus socialisé qu’il était.
4 octobre 2002
L'article sur Léautaud est également paru sur Agoravox
Pour voir le débat créé autour cliquez sur le mot "Agoravox" ci-dessus.


Michel Polac : au-delà de lui...

A propos de désespoir... Je me reconnais de plus en plus dans l’attitude intellectuelle de Polac. J’attends son Journal avec impatience.

Son passage chez Pivot a confirmé mes affinités : même tentation d’autocritique, de « haine de soi », même désespérance misanthropique, même « maladresse ». Mon point fort reste toutefois un authentique ratage de mon existence et un anonymat absolu. Aucune source de réjouissance pour moi, donc, alors que l’ami Polac peut afficher un beau parcours. Cela me pousse à poursuivre ces brouillonnes annotations, quitte à noircir complaisamment mon portrait.
16 janvier 2000


Oublié de noter mon sentiment général sur les pages choisies du Journal de Polac que j’ai achevé au château : si l’on trouve des passages savoureux, profonds, désespérés et tranchants, la tonalité du diariste n’est pas reproduite du fait de cette sélection. On ressent même parfois l’impression d’un conglomérat de pièces éparses d’où ne s’échappe aucune unité authentique. Passages fabuleux par la clarté de la langue, la qualité de la relation : les aventures de Cricri, de la Grande Sauterelle, etc., autant de bestioles blessées recueillies par Polac et sa Z., je crois. La profondeur de propos simples atteint des sommets.
21 juin 2000


Mitterrand et Revel : unis par l’intelligence

Pour les vingt ans de l’accession au pouvoir de feu Mitterrand, j’ai suivi avec délectation les deux derniers numéros de Conversations avec un Président réalisés par Elkabbach. Quels que soient les désaccords idéologiques ressentis, on ne peut qu’être séduit par la finesse intellectuelle de l’homme et du chef d’Etat en pleine possession de sa fonction. Une telle dextérité, alors que la maladie le tenaillait, force le respect.
Autre grand plaisir pour l’esprit, La Grande Parade de Jean-François Revel. Capacité implacable et brillante à démontrer et démonter la tentative insidieuse de réhabilitation de « l’utopie socialiste », après sa condamnation sans appel par les faits du communisme, par le lynchage du libéralisme.
Deux personnages que tout oppose, mais dont l’intelligence respective réconcilie dans la jubilation procurée.
10 mai 2001


Revel et Dali : tranchons, tranchons…

L’Académie française n’accueille pas que des pontes littéraires ankylosés, ou tout du moins rétifs à l’anticonformisme. La verdeur démonstrative de Revel en témoigne. La Grande Parade, que je déguste dans les transports, fouille le sujet sensible de l’horreur communiste (pour paraphraser Forrester) avec une efficacité argumentative de très grand talent. Revel va jusqu'à démontrer, textes à l’appui, les intentions de génocide inscrites dans les textes fondateurs du socialisme via Engels, Marx, Lénine, etc. Je ressors conforté dans une position maintes fois défendue, mais sans tout cet arsenal référentiel qui prouve sans conteste que communisme et nazisme sont tout autant responsables de crime contre l’humanité.
23h30. Alors que d’aucuns s’avachissent devant l’inanité récurrente du Loft, sorte de régression crétino-banale de la téléchions, j’entame dans quelques lignes la dernière page du Manus IX en inspirantes compagnies : entre Revel et Dalí, le cortex jubile.
J’évoquais les titres déjantés du peintre. Ainsi une toile de 1932 force le
respect de l’allumé talentueux : « Pain français moyen avec deux œufs sur le plat sans le plat, à cheval, essayant de sodomiser une mie de pain portugais ».
(…)
Engels préconise, en 1849, l’élimination des Hongrois en combat contre l’Autriche, et Marx, dans Sur la question juive, estime l’idéologie communiste capable d’instaurer « l’organisation de la société qui ferait disparaître les conditions du trafic et aurait rendu le Juif impossible ». N’est-ce pas le programme réalisé imparfaitement par Hitler ? La puissance de l’essai de Revel tient à ces multiples références, sans énervement littéraire, qui stigmatisent de façon définitive l’ignominie idéologique du communisme et de son cousin par alliance et affinité, le socialisme.
15 mai 2001

18 février 2006

Relents judiciaires

Il fallait s’en douter, le gratin judiciaire monte sur ses ergots jugeant que l’ouaille Burgaud a été mal traitée par nos parlementaires. Le magistrat instructeur a justifié une bonne part de ses inconséquences professionnelles par sa scabreuse et intime conviction « d’indices graves et concordants », selon la formule consacrée devenue légitimation automatique de monomanies opportunistes ; le Conseil supérieur de la magistrature met lui en devanture la sacro-sainte séparation des pouvoirs, quitte à crotter l’esprit de Montesquieu.
Vieille dérive pavlovienne des détenteurs de notre liberté : lorsqu’un membre de leur corps s’illustre par l’exercice aberré de ses responsabilité, on le mute avec une ‘tite promotion d’usage. Pour noyer le poisson : le prendre à revers de toute logique élémentaire. Pour les pires, le CSM daigne s’occuper de leur cas, mais en veillant à ce qu’aucun autre corps constitué n’empiète sur ses pouvoirs. Voilà un cloisonnement qui sert la maison Justice puisqu’elle juge elle-même ses brebis dévoyées comme ses pourritures manifestes.
L’administration, jusqu’à la fin du XIXe siècle, a également bénéficié du délire révolutionnaire en jugeant elle-même les différends avec les administrés. Cela a fini par choquer, et nous avons établi une indépendance de jugement avec les juridictions administratives. Le temps de la séparation de ceux qui sanctionnent des magistrats fautifs n’est-il pas arrivé ?
Que reproche-t-on à Philippe Houillon, le rapporteur de la Commission parlementaire ? D’avoir poussé dans ses contradictions l’imprécis et balbutiant Burgaud ? Il fallait donc gober toutes ses incohérences, digérer en les magnifiant ses manifestes inaptitudes, ne jamais mettre en exergue les erreurs criminelles (cela a conduit à de la prison préventive injustifiée et a indirectement provoqué deux décès) de sa démarche… En somme, dénaturer une mission d’enquête en saponifiante complaisance pour ne surtout pas brusquer l’infecte ouaille.
Que tous ces magistrats cogitent un moment au scandale absolu, insoutenable, qu’aurait représenté la mollesse parlementaire envers Burgaud, Lesigne and Cie après l’audition des acquittés. Qu’aurait souhaité le CSM ? Une collusion puante du politique et du judiciaire pour minimiser au maximum les dérives ? Comment faire autrement que pointer sans concession les fameux « indices graves et concordants » qui démontrent la pratique inquisitoriale et uniquement à charge d’un Burgaud persuadé, à vingt-neuf ans, d’avoir l’affaire de sa carrière ?! Ce désastre tient d’abord - à bas les œillères ! – à une sordide ambition d’un petit juge tout frais sorti de l’école, prêt à détourner à son profit les règles de l’instruction : c’est cela et avant tout cela ! Le « mythe de la pédophilie » clamé par le procureur (quel révisionnisme indigne d’une réalité sociale pour dédouaner collectivement le système judiciaire !) s’effondre immédiatement lorsqu’on jauge la démarche de Burgaud, mais ça, l’institution à la balance vacillante ne veut pas l’entendre, comme elle refuse de purger ses conduites malodorantes. Gare au gorille...

11 février 2006

Les borborygmes de Burgaud

Alors que nos consciences allaient s’émouvoir de l’effondrement apocalyptique du WTC, l’année 2001 voyait naître une affaire qui, quelques années plus tard, s’imposerait comme un onze septembre judiciaire, un « désastre » qui pousserait enfin à l’avant-scène accusatrice la si intouchable institution judiciaire.
Le point d’orgue de cette catharsis à vocation réformatrice, qu’est la Commission d’enquête parlementaire, s’incarne dans les quelque sept heures d’audition monocorde du repoussant Burgaud. Ce petit juge d’instruction, c’est d’abord un physique maladif pour l’occasion : pâleur extrême, voûté et bras croisés durant sa défense, une tête juvénile mais aigrie par la hargne rentrée. C’est ensuite une voix et d’insupportables bruits de salive : aucune texture aimable, mécanique déshumanisée, désincarnation du timbre ; des interruptions constantes pour avaler sa salive et reprendre en hésitant son piètre discours. Une présence nauséeuse donc…
A cette forme qui entête et révulse s’ajoute une inanité argumentative qui s’accroît au fil des interrogations des parlementaires. Parti pris d’entrée de ne pas se remettre en cause, ou tellement à la marge que cela s’auto-neutralise : après quelques minutes, en amorce, de pseudo compassion pour les acquittés, de longues heures de logorrhée verbale hésitante, brouillonne, ou la technique ne parvient même plus à dissimuler la médiocrité humaine du personnage.
Bien sûr qu’il n’est pas seul en cause, et qu’avant tout c’est le système judiciaire qu’il faut révolutionner, mais cette source multifactorielle ne dédouane en rien le triste magistrat.
A le voir, pitoyable, ne pouvoir défendre son instruction qu’entre bredouillements et silences démunis, se réfugiant derrière de frêles antiennes (les faits « graves et concordants ») ou son exposé préalable (« comme je l’ai indiqué tout à l’heure »), on frémit en imaginant le calvaire des acquittés. Les justes remarques du rapporteur de la Commission auront dévoilé le grand vide de ce pâlot morbide qui persiste à soutenir ses malfaisances professionnelles.
Mais le Burgaud n’est pas une brebis galeuse : il est le parangon d’une cohorte déshumanisée servie par un système vicié. Pour exemple que l’ENM forme des techniciens du droit sans se soucier de leur bon sens éthique et de la présence de qualités humaines basiques : j’ai connu un actuel substitut de procureur (en marche normale vers le poste supérieur) qui, avant son serment, avait tenté de violer sa sœur, battait ses petites amies, trompait son monde, défendait le pire, arrogant et fielleux, et qui goûte aujourd’hui à l’enivrant pouvoir sur la liberté des gens…
Burgaud n’est pas seul, tremblez citoyens !