03 septembre 2017

Crocs lascifs, aiguisé zigzag

Si la découverte de la philosophie politique de John Rawls et des fascinantes matière et énergie noires de l'univers irrigue mon séjour dans le cocon vert de la roseraie du parc Tête d'Or, c'est d'abord l'imprégnation de rencontres cardinales qui conforte une forme lucide de plénitude.



Lorsque le choix n'est surtout pas à faire, que le cumul cultivé élève les sens, humanise l'esprit à la façon d'un escalier gravi vers un parc insoupçonné,  les doigts tout en effleurements osmotiques, il faut juste prendre conscience de l'incroyable vigueur de l'émotion et s'en remettre aux vagues euphorisantes.




Un jazz existentiel qui butine ses notes pastelles pour en extraire la densité partagée : l'évidence comme règle instinctive accroît les feux joyeux d'un élan indomptable. 
Comment attiser mon insatiable liberté, lévitation attentive ? Mon univers sait engranger : zones identifiées avec nos enivrements, pour les chérir sans rougir, colportant au cœur de soi le suc enflammé. Incandescence.




Douce foultitude des ressentis, flots impénétrables du seuil à surpasser, iris troublé, brûlure légère qui s'atténue par un simple geste sur ce velours épidermique  : rayonnons sans attendre les crevasses et la fosse. Effervescence.


Ainsi soient les songes vagabonds qui s'effeuillent au gré du sens, initiatiques envolées pour ne rien abandonner de sa salutaire gravité et tournoyer à la crête du fonds vital. Appétence.

(Photos de Loïc Decrauze, août 2017)

12 août 2017

Oradour, baroud d'horreur

Envisager quelques tirs, quelques cris, beaucoup de résignation ou de confiance faiblarde dans la justification clamée par les crieurs du village pour se réunir sur le champ de foire. Le S.S. sait y faire : osciller entre fermeté intraitable et paroles rassurantes avant d’exhiber son rictus barbare. Autour de cet espace d’incertitude, d’angoisse, de redoutables interrogations, se dressent aujourd’hui d’irrégulières arêtes pierreuses, des pans interrompus, des semblants de bâtisses. Là, au centre, gagnait la terreur collective.

Hommes conduits et concentrés dans six lieux choisis. Ancrés dans ces granges éventrées les tirs en rafales pour faire tomber, les balles individuelles pour achever : là, six qui s’échappent pour des dizaines qui succombent. Pas de toit, plus jamais, deux ouvertures sans fenêtre, cette noirceur sur la tranche des murs aux lignes hachées. Le S.S., avec la maniaquerie qui le raidissait, balayait soigneusement l’endroit où devait se dresser la mitrailleuse lourde, juste face à l’entrée. Méticulosité assassine.

L’église se dresse encore avec sa béance au sommet. Devant elle, toujours ces restes minéraux au sang noir pétrifié. A l’intérieur, l’agonie des femmes et des enfants : asphyxiés, balles reçues, brûlés vifs… une seule mère parviendra à sortir de cet enfer. Silence lourd, ombres signifiantes, rappel de chaque seconde du martyr.

Incendiés, détruits, les logis, les commerces, les écoles, les bâtiments publics. Çà et là des objets familiers : la carcasse d’un véhicule, une machine à coudre rouillée, un lit broyé… Les artères se suivent et témoignent de l’acharnement à tout faire disparaître.

Ici trône une maisonnée, son squelette plutôt, avec l’épineux au faîte tranché comme pour ne pas trop surplomber la demeure sans toit, sans portes ni fenêtres. Le gris des murs pour tout confort avec quelques liserés de briques.

Là, une plongée dans la ruine criminelle, celle ébène par le déchaînement des bourreaux : formes torturées, ouvertures inutiles sur le vide qui s’impose. Le cœur se serre.

Passer outre ces angles sombres et s’arrêter devant le triptyque pierreux, régression bâtimentaire forcée pour ne plus jamais s’épanouir comme foyer : ruines épurées enfantées par le fléau nazi.

Monceaux de restes dressés vaille que vaille vers un ciel incertain. Difficile d’imaginer l’intégrité vivante d’avant Das Reich de l’endroit. Coups si profonds dans chaque construction, à la façon des Gueules cassées de la Première Guerre, qu’ils ravivent les plaies des survivants. Bouleversement du visiteur.

Ce pourrait être un tableau bucolique, avec ses feuillus, ses vieilles pierres et son azur bleu-blanc : morbide immobilité. Le crime des crimes vise à tout éradiquer : les êtres, le cadavre de ces êtres, leurs biens…

Ombre dans le cabinet de la dentiste. Plus rien de ce qui pourrait humaniser, la luminosité solaire elle-même glace. Au fond, un objet rouillé, informe, rend encore plus impossible toute reprise de vie.

Le supplice jusqu’au tréfonds du lieu, dans sa manière de se tendre vers nous, de former cet ensemble tourmenté. Pire que le néant : ce réel.

Pas des vestiges antiques, mais la première moitié d’un vingtième siècle aux cataclysmes orchestrés.

Pas de point de fuite, juste une enfilade d’existences saccagées. La balance oubliée par les pilleurs meurtriers, les outils bien rangés, le volet de travers : chaque chose délivre la dose d’émotion au visiteur du vingt-et-unième qui passe.

Regarder à travers ces barreaux : une façon de se croire à l’abri, de mettre en quarantaine le saccage sanglant accompli ou un leurre, la factice séparation d’un décor reproductible à l’infini des haines humaines ?

Une entrée sans issue, un escalier vers nulle part, des ouvertures privées de leur fenêtre : la litanie visuelle d’un village amputé jusqu’à ce que mort s’ensuive et qu’une poussée végétale esthétise les décombres. Plus de sept décennies ont passé depuis ce brasier communal, et pourtant…

L’anti-obélisque, ce pic, au côté charcuté, se dresse au centre de l’innommable : oppressante présence encadrée, au premier plan, par deux blocs qui dégorgent encore tant d’affronts endurés.

Le ballet tourmenté des courbes et des lignes, hantise des recoins alors inachevés, force à se statufier le temps d’une pleine conscience de la désarticulation qui s’élance ici : hurlements d’une architecture apocalyptique.

A la fin de cette éprouvante déambulation, cet oiseau fixe mon objectif depuis un semi mur, après avoir fait trempette dans une flaque proche : bras d’honneur au baroud d’horreur nazi, pensée émue à toutes ses victimes.

Parcours photographique complet (réalisé le 8 août 2017) dans l'album Oradour-sur-Glane - baroud d'horreur et acrostweet sur le village martyr dans le Répertoire.

02 juillet 2017

De la part d'un petit "rien"

Rika Zaraï - "Sans chemise, sans pantalon"
J’avais la plume affûtée pour moucher les insoumis à la chemise incertaine et la haute volée de leurs débuts parlementaires : savoir si le tee-shirt de François Ruffin devait être assumé par le groupe rebelle du torve Mélenchon. Voilà le premier débat interne des vitupérateurs d’extrême gauche. Je m’apprêtais à ironiser sur ces zigotos du braillement bien plus proches du Sans chemise, sans pantalon de la joyeuse Rika Zaraï que des sans-culottes révolutionnaires. L’ironie s’intensifiait avec le sacré compromis trouvé : venir tous sans cravate, mais avec chemise. Ruffin a raison : un parlementaire sous la bannière mélenchoniste ne mérite pas plus qu’un Smic vu le niveau des préoccupations. Tout juste un surplus de postillons pour les bruyantes vocalises à venir.

Macron et son "Rien"
Et puis, patatras ! Macron déraille dans une métaphore ferroviaire : première vraie gourde verbale du quinquennat, sans doute à la hauteur des « sans-dents » de Hollande et du « casse-toi pov’ con ! » de Sarkozy. En qualifiant ceux qui ne réussissent pas, selon d’obscurs critères politico-vaseux, de « gens qui ne sont rien », le Jupiter vient de sortir de son orbite. Aurait-il trop visionné la dernière pub de Volkswagen sur le « Rien » ? Est-il pris d’une angoisse sartrienne sur le néant ? A-t-il eu des remontées du gentil navet avec Terence Hill qui lançait son « Je m’appelle Personne » et à qui on pourrait aujourd’hui répondre : « Et moi, je suis Rien ! » ?


Cela va, sans conteste, polluer son discours au Congrès et ses premières réformes, dont celle du Code du travail destinée, selon le prisme nouveau, à tenter de faire devenir quelque chose ceux qui se contenteraient de leur pas-grand-chose existentiel. La formule se décline déjà à toutes les sauces sur les réseaux ultra-réactifs. La condescendance mal placée a toujours exaspéré le peuple à la grogne sensible. Alors, Monsieur le Président, attention aux faux pas dans le Rien qui ne vous fassent embrasser trop vite le Néant politique.

30 avril 2017

DLFN : Déchaîner La Fange Nationale

Le moment des confusions coupables se confirme. La Bassine a parfaitement réussi la dédiabolisation de son mouvement au point que le désormais principal représentant de la gauche renvoie dos à dos « l’extrême droite » et « l’extrême finance ». Qui ne dit mot consent dit le truisme populaire. Un responsable politique qui n’appelle pas à prendre le bon bulletin se rend complice de l’accession au pouvoir du FN.
Affiche électorale du NSDAP - 1932
Souvenons-nous. Début XXème siècle, Allemagne : le KPD (parti communiste) adopte la stratégie agressive du classe contre classe refusant l’alliance avec le SPD (socialisme réformiste) stigmatisé comme « parti bourgeois » et même « avant-garde du fascisme ». Aux élections législatives de 1932 le NSDAP (parti national-socialiste des travailleurs allemands) devient le premier parti du Reichstag avec 33% des voix. Dans un premier temps, chacun des perdants va s’accommoder du chancelier Hitler et même y déceler un avantage tactique : pour le KPD cela ouvre la possibilité du chaos révolutionnaire avec sa purge salutaire ; pour une partie du SPD cela facilite l’éradication du communisme. Résultat : les responsables des deux formations seront soit internés à Dachau dès mars 1933, soit exécutés.
Toute proportion gardée et contexte historique considéré, le slogan de quelques milliers de jeunes ayant défilé la semaine dernière révèle le vrai danger du tout-se-vaut qui, de fait, pourrait faciliter l’accession au pouvoir présidentiel de l’extrême droite : « Ni patrie, ni patron – ni Le Pen ni Macron ».
Après l’UMPS, trouvaille de la Bassine pour mieux fustiger le système qui lui a pourtant permis de prospérer, voici l’époque du DLFN (fusion de Debout La France et du Front National) dans le champ politique. Le souverainiste Dupont-Aignan épouse sans hésitation le nationalisme à la sauce xénophobe. L’attraction du pouvoir est telle qu’elle engendre ce minable Montoire intérieur. Le « Dupont La Haine » comme le surnomment désormais certains de ses administrés à Yerres, se présente encore dans une filiation idéologique avec de Gaulle : escroquerie idéologique honteuse du renégat. Il a seriné pendant toute sa campagne son attachement cardinal à l’exemplarité politique, à la probité de ceux qui requièrent les suffrages et le voilà jouissif dans la Bassine qui a très probablement détourné de l’argent public national et européen. Dupont-Aignan et Le Pen : laissez la mémoire du général de Gaulle tranquille, petits histrions pôvritiques que vous êtes !
Nous assistons à la systématique satisfaction des simplismes de ceux qui souffrent socialement et ne peuvent admettre leur propre responsabilité dans une remise en cause de leurs choix, de leur trajectoire. Le bouc émissaire lynché pour ne pas avoir à jauger ses échecs, ses manquements, ses incapacités : voilà que triomphe la société du report de la faute sur l’autre et le système, sur le banquier et la finance, sur le politique et le patron, sur le migrant et l’immigré… On se prépare de fameuses années vingt avec le goût rance ressuscité de celles du vingtième siècle.
C dans l'air du 27 avril 2017
L’électeur peut même aujourd’hui confier la vacuité de son ressenti sur un grand média ramasse-tout qui s’adonne au micro-caniveau. Tiens, par exemple, chez un électeur de Dupont-Aignan tenté par la Bassine et qui justifie son choix par la mise en parallèle d’enfin pouvoir empêcher vigoureusement l’immigration à l’échelle nationale et le choix salué d’une municipalité qui préfère pour l’instant  payer des amendes plutôt que de laisser se construire des HLM. L’amalgame faisandé ne fait l’objet d’aucune analyse critique par le média diffuseur : en boutant les immigrés hors de l’hexagone on se dispenserait de tout HLM mal peuplé pour les si propres et si vertueux nationaux. Même plus du simplisme là, plutôt de la débilité profonde, infâme, puante…

La massification électorale en cours autour de recettes prétendument libératrices pourrait bientôt faire s’effondrer le complexe système qui a maintenu, vaille que vaille, un semblant d’unité nationale.

Après l'édifiant débat-écharpage du 3 mai, j'ajoute les tweets inspirés par l'indigne Bassine :





27 avril 2017

La panse indécise

Le personnel politique, quoi qu'en pensent de grincheux esprits, ne se résume pas à une troupe indifférenciée. Le révélateur de la Bassine le confirme.
Côté minable, le mauvais perdant Mélenchon qui passe, d'un coup d'un seul, de l'éloquence insoumise au silence suspect. Comme dit la chanson "ça se sent..." qu'il veut le chaos ! Cette façon de renvoyer dos à dos Macron et Le Pen le déshonore et confirme l'égocentrisme d'une démarche bien plus rhétorique que politique.
En 2002 il appelait à se boucher le nez pour voter Chirac et battre l'extrémiste Jean-Marie ; quinze ans plus tard, le troisième âge entamé l'aidant, il cadenasse bouche et oreilles pour ne pas avoir à révéler son choix et à conseiller ceux qui l'ont soutenu. De l'opportunisme médiocre du Ponce Mélenchon Pilate.
Allez... que viennent les jours miteux de celui qui n'a même pas l'abnégation de l'intérêt vital premier du pays.

15 avril 2017

Évitons ce con tour pestilentiel

Si le garde-fou du vote blanc annulatoire avait été adopté, moi, et sans doute une majorité du pays, ne redouterions pas un second tour Mélenchon-Le Pen.
Le virtuose apostropheur fait croire qu’il gérerait mieux le pouvoir que celui qu’il encensait avant-hier, le Grec Tsipras, revenu piteux aux réalités. En réalité, sa simple élection dissuaderait les prêteurs et plongerait le pays dans les abysses chaotiques du défaut de paiement. La mauvaise tête coléreuse flanquerait ainsi une terminale gueule de bois au pays : après le Grand Soir insoumis, le petit matin décalqué.
Et l’autre, l’antipathique Bassine aux recettes simplistes pour apprentie-bourbier, son élection déclencherait illico une guerre civile et la mise au ban des nations. Une France fracturée, écartelée, démembrée agoniserait dans une haine déchaînée sur les ruines d’une Union européenne livrée aux charognards nationalistes.
Voilà peut-être l’inconcevable dilemme qui nous attend avec l’obligation imposée par le jusqu’au boutisme d’une majorité très très relative au premier tour, moins d’un quart des électeurs, de confier les rênes du pays à l’un des deux exaltés. Cataclysme en marche qui fera vite regretter aux électeurs dignes de Ponce Pilate leur bulletin extrême.

Moi j’aurai voté blanc, peut-être comme une majorité de citoyens désespérant que cette voie de la sagesse désabusée ne permette pas l’annulation du scrutin avec obligation de réorganiser une élection dans le trimestre suivant avec de nouveaux candidats. Un recul pour mieux se vautrer ? Trois mois de survie, ça vaut encore le coup…

08 mars 2017

Fillon, doigts dans ses crottes !

Ce n’est plus une casserole qu’il va falloir faire résonner pour accueillir Fillon à sa juste mesure, mais une batterie de cuisine. Après la phobie administrative du non-regretté Thévenoud, le Canard nous fait découvrir l’amnésie déclarative d’un François empreint d’hypocrisie.
Toutes les primaires du monde ne peuvent occulter son abyssale perte de crédibilité. Il est temps pour lui de se faire soigner pour syndrome grave d’arrangement dérangé avec la réalité. Qu’il ait cinq cents, mille ou deux mille parrainages ne changera rien aux affaires foireuses qui remontent à la surface. Il n’a plus rien d’un présidentiable. Il a tout du forcené qui « ne se rendra pas ». Il ne reste plus qu’à espérer la détermination judiciaire pour le déloger de ses certitudes indignes.
Réunir cinquante mille personnes, soit 0,11% du corps électoral français, et prétendre qu’il s’agit de la vraie France, « La France des paysans, la France des cathédrales, des châteaux et des sans[-]culottes » – avec l’oubli révélateur du trait d’union sur son site officiel – c’est juste de l’escroquerie intellectuelle emballée dans trois couches de lyrisme rance. Pour détourner, une fois de plus, sa désormais anti-fondatrice formule : imagine-t-on le général de Gaulle se relégitimer avec le défilé de cinquante mille personnes ? Non ! Il en a eu vingt fois plus en 1968.
Fillon joue son dernier moment politique majeur, alors peu importe les révélations d’une presse évidemment aux ordres (de qui ?) et le déchaînement d’une justice partiale contre sa christique personne…
En 1995, Juppé se tenait droit dans ses bottes pour qu’aboutissent ses réformes ; en 2017, Fillon ne parvient même plus à rester droit dans ses crottes mouvantes. Une obstination qui voudrait se faire passer pour un parangon de la vertu victime du système… un comble pour celui qui en a vécu jusqu’à la lie depuis quarante ans !
Ses flagrants délits de volte-face, de contradictions et de maquillage de la réalité auraient dû sonner la fin de sa candidature… et le voilà qui ose prétendre œuvrer pour le bien du pays alors qu’il ne vise qu’à recharger à bloc son immunité. De parlementaire à président, elle obtiendrait une épaisseur mégatomique pour cinq ans. C’est au contraire le généreux système démocratique qui pourrait faire considérablement pour lui, le futur mis en examen qu’il ne faudra plus arrêter de scruter sous toutes les coutures, même s’il nous prive de le voir jugé comme un citoyen normal devant la justice du pays dont il brigue la première place.

N’ouvrons pas l’ère des François qui n’augure rien de bon : après un quinquennat de François l’éteint qui, selon Fillon, a géré le pays comme « un premier secrétaire du parti socialiste », renvoyons dans son château, et sans culotte, François l’atteint qui voudrait mener la France à la baguette à coups de férule traditionnaliste sur le bout des doigts, excepté les siens. L’examen de conscience du bientôt mis en examen n’a pas eu lieu, contrairement à ce qu’il a prétendu sur la place du Trocadéro : il est temps de le recaler définitivement.

22 janvier 2017

L'Investitrump Power

En rouge, le sous-titrage et le bas-titrage du premier discours de Donald Trump investi président des Etats-Unis d'Amérique. De la Trump Tower à l'Investitrump Power :

"Juge en Chef Roberts, Président Carter, Président Clinton, Président Bush, Président Obama, mes concitoyens américains et peuples du monde: merci.
Entrée en matière classique : Trump se normaliserait-il ?
Nous, citoyens d'Amérique, sommes maintenant unis dans un grand effort national pour reconstruire notre pays et pour restaurer ses promesses à l'égard de tout notre peuple.
Finalement non, revoilà la délicatesse trumpienne : j’hérite d’un pays en ruines et au fond du trou.
Ensemble nous déterminerons la voie pour l'Amérique et pour le monde pour des années.
La voie ou l’impasse ?
Nous ferons face à des défis. Nous serons confrontés à des épreuves. Mais nous finirons le travail.
Première tâche : structurer ma pensée et… me retenir.
Tous les quatre ans, nous nous rassemblons sur ces marches pour procéder dans l'ordre et la paix à ce transfert de pouvoir et nous sommes reconnaissants au président Obama et à la Première Dame Michelle Obama pour leur aide courtoise pendant la transition. Ils ont été magnifiques.
Moi aussi, je sais manier la langue de bois.
La cérémonie d'aujourd'hui cependant a une signification très particulière. Parce qu'aujourd'hui non seulement nous transférons le pouvoir d'une administration à une autre ou d'un parti à un autre, mais nous transférons le pouvoir de la capitale Washington et le donnons à nouveau à vous, le peuple Américain.
Mais faut pas pousser : je préfère flinguer les élites et lancer mon hyperbole mensongère.
Pendant trop longtemps, un petit groupe dans notre capitale a récolté les avantages du gouvernement tandis que le peuple en a assumé le coût.
L’obsession du complot : des noms, des noms ! Qui est donc ce « petit groupe » ? Et lui, il a fait quoi ? De la philanthropie ?
Washington a prospéré mais le peuple n'a pas eu de part de cette richesse.
Supprimer l’Obamacare et baisser drastiquement l’impôt sur les sociétés ça va aider le peuple, c’est certain.
Les politiciens ont prospéré mais les emplois se sont taris et les usines ont fermé.
Une analyse tout en finesse, à moins que ce soit une extrême synthèse.
L'establishment s'est protégé lui-même mais n'a pas protégé les citoyens de notre pays.
Couche supplémentaire de populisme bas du front, mais une incohérence de taille : c’est avec une équipe de ploutocrates qui a abusé du système qu’il compte protéger son cher peuple.
Leurs victoires n'ont pas été les vôtres; leurs triomphes n'ont pas été les vôtres; et pendant qu'ils festoyaient dans la capitale, il n'y avait guère à célébrer pour les familles démunies dans tout le pays.
Et lui, que faisait-il ? Il forniquait en Russie ! A quel moment a-t-il montré la moindre compassion, la plus petite parcelle d’attention pour ces « familles démunies » ? Quand la voracité se grime altruisme…
Tout cela va changer, ici et à partir de maintenant parce que ce moment est le vôtre: il vous appartient. Il appartient à tous ceux réunis ici aujourd'hui et à tous ceux qui regardent à travers l'Amérique.
Cette journée vous appartient. C'est votre célébration.
Et cela, les Etats-Unis d'Amérique, c'est votre pays.
Vous, vous, vous… tant que vous ne m’emmerdez pas dans la jouissance de mes, mes, mes pouvoirs, sinon…
Ce qui importe vraiment ce n'est pas quel parti contrôle notre gouvernement mais si notre gouvernement est contrôlé par le peuple.
Et JE suis le peuple.
Le 20 janvier 2017 restera dans les mémoires comme le jour où le peuple dirige à nouveau la nation.
Ça va être étroit la Maison-Blanche pour 320 millions d’Américains.
Les hommes et femmes oubliés de notre pays ne seront plus oubliés. Tout le monde vous écoute maintenant.
Tout le monde écoute tout le monde : vous, toi, moi, nous, eux... La surdité serait parfois préférable.
Vous êtes venus par dizaines de millions faire partie d'un mouvement historique, tel que le monde n'en a jamais vu.
La fameuse « hyperbole réaliste » : le candidat le plus fabuleux, l’élection la meilleure, le Présidentissime de tous les présidents passés et futurs… Gâtés ces Américains !
Au cœur de ce mouvement, réside une conviction fondamentale: celle qu'une nation existe pour servir ses citoyens.
Je croyais que c’était à l’Etat de servir la nation. « Bonjour Madame la Nation, m’sieur Trump m’a dit d’m’adresser à vous : un cheeseburger, please ! »
Les Américains veulent de bonnes écoles pour leurs enfants, des quartiers sûrs pour leurs familles et de bons emplois pour eux-mêmes. 
Ajoutons, dans l’ordre des priorités : un beau garage pour leur maousse automobile qui pollue comme il faut, une niche sensas pour leur chien, une femme superbe pour leur braquemart…
Ce sont des revendications légitimes et raisonnables pour un public juste.
Suis-je légitime en ayant été élu avec presque trois millions de voix de moins que la candidate démocrate et en ne cumulant que 40% d’opinion favorable au premier jour de mon mandat ? Suis-je raisonnable en tweetant toutes les saloperies que j’ai tweetées ?
Mais pour trop de nos concitoyens, une réalité différente existe: mères et enfants sont piégés dans la pauvreté de nos quartiers défavorisés; des usines délabrées sont essaimées comme des pierres tombales dans le paysage de notre nation; un système éducatif, plein d'argent, mais qui laisse nos jeunes et beaux étudiants privés de savoir ; et le crime, les gangs et la drogue qui ont volé tant de vies et spolié notre pays de tant de potentiel non-réalisé.
La touche lyrique pour des Etats-Unis qu’on dirait tout droit sortis du tiers monde.
Ce carnage américain s'arrête ici et maintenant.
Je vous propose, à partir d’aujourd’hui : la vulgarité, l’incohérence, l’irascibilité, le machisme, le racisme, le chaos… pour commencer.
Nous sommes une nation et la douleur des autres est la nôtre. Leurs rêves sont nos rêves; et leurs succès seront notre succès. Nous partageons un cœur, une patrie et un glorieux destin.
Sortez vos mouchoirs…
Le serment de fonction que je viens de prononcer est un serment d'allégeance envers tous les Américains.
Chiche !
Pendant des décennies, nous avons enrichi l'industrie étrangère aux dépens de l'industrie américaine; subventionné les armées d'autres pays tout en permettant le très triste appauvrissement de notre armée; nous avons défendu les frontières d'une autre nation tout en refusant de défendre les nôtres; et dépensé des milliards de milliards de dollars à l'étranger pendant que les infrastructures de l'Amérique se sont délabrées et abimées.
Le masochisme national, j’irai le butter jusqu’au fond des chiottes, comme dirait mon Poutinou. Nous, nous, nous d’abord ! Je surtaxe toutes les importations : tant pis si l’Américain modeste doit payer trois fois le prix de l’ancien système. Dépenser pour nous, nous, nous… Chacun chez soi, chacun pour soi, les non-Américains derrière le mur ! L’humanité vient de faire un grand pas !
Nous avons rendu d'autres pays riches alors que l'abondance, la force et la confiance de notre pays ont disparu de l'horizon.
Les Etats-Unis auraient investi massivement dans d’autres pays sans que ça leur rapporte ?
Une par une, les usines ont fermé leurs portes et quitté nos rives sans même une pensée pour les millions et millions de travailleurs américains laissés sur le carreau.
Retour en force des industries du textile aux Etats-Unis… Chaussettes et culottes dix fois plus chères : ça va leur plaire aux consommateurs-citoyens puisque ce sera du « maaade in USA ! I am… maaade in USA ! ». Voilà comment pallier l’absence de stars à mon investitrump…
La classe moyenne a été privée de son patrimoine qui a été distribué à travers le monde.
J’en suis le plus bel exemple : je ramasse tout et j’emmerde la classe moyenne qui n’est bonne qu’à m’élire. Merci la classe moyenne !
Mais cela appartient au passé. Et maintenant, nous ne regardons que l'avenir.
Un mandat pour regarder l’avenir : c’est con, mais plus on tente de s’en approcher, plus il s’éloigne… Y a comme un problème !
Nous nous sommes retrouvés aujourd'hui et nous décrétons, pour être entendus dans chaque ville, chaque capitale étrangère et dans chaque lieu de pouvoir, qu'à compter d'aujourd'hui une nouvelle vision prévaudra dans notre pays: ce sera l'Amérique d'abord et seulement l'Amérique. L'Amérique d'abord.
Et nous, et nous, et nous, voilà la grande avancée trumpienne. Qu’on se le dise : tout pour nous, rien pour les autres. Gnathon-Trump sacrifierait bien l’ensemble des dérisoires âmes non-américaines contre l’assurance divine que chaque Américain puisse s’empiffrer deux fois plus.
Chaque décision sur le commerce, les impôts, l'immigration, les affaires étrangères sera prise pour le bénéfice des familles et des travailleurs américains.
Chaque fois qu’un des membres de mon gouvernement fera la culbute financière pour ses affaires avec des conflits d’intérêts d’une puissance inégalée, ce sera d’abord, évidemment, pour le bénéfice de ceux de nos concitoyens qui suent pour gagner trois dollars l’heure.
Nous devons protéger nos frontières des ravages des autres pays fabriquant nos produits, spoliant nos entreprises et détruisant nos emplois. La protection conduira à une grande force et prospérité.
Je combattrai pour vous de toutes mes forces et je ne vous laisserai jamais tomber.
Pour résumer : détruisons les pays étrangers, spolions leurs entreprises et fabriquons tout sur notre sol sacré, nom de dieu !
L'Amérique va recommencer à gagner, à gagner comme jamais auparavant.
Peut-être simplement un champion de la méthode Coué.
Nous ramènerons nos emplois. Nous reconstruirons nos frontières. Nous regagnerons notre prospérité. Et nous retrouverons nos rêves.
Des rêves à très haute valeur ajoutée : que ça jute de bénefs, qu’on croule sous le bonheur monétarisé, qu’on s’étouffe de prospérité bien gluante…
Nous construirons de nouvelles routes, autoroutes, ponts, aéroports, tunnels et voies ferrées à travers notre merveilleux pays.
Et s’il reste un peu d’huile de coude, on lancera un gigantesque chantier de construction des plus belles, des plus spectaculaires latrines pour chacune de nos villes, même les plus reculées, même les plus perdues au milieu du fabuleux nulle part américain. Des latrines, comme il n’en a jamais existé.
Nous extrairons notre peuple de l'aide sociale pour le mettre au travail, rebâtissant notre pays avec des bras américains et du labeur américain.
Pour ceux qui ne veulent pas en branler une, ce sera le camp de travail illico !
Nous allons suivre deux règles simples: acheter américain et embaucher américain. 
Allez ! deux autres en plus, c’est ma tournée : chier américain, virer américain !
Nous rechercherons l'amitié et la bonne volonté des autres nations du monde mais nous le ferons avec l'idée que c'est le droit de tout pays de mettre ses propres intérêts en avant.
Chacun chez soi, la loi du plus fort pour nous : tu la fermes amicalement, sinon c’est notre poing nucléaire dans ta gueule !
Nous ne cherchons pas à imposer notre mode de vie mais plutôt à le rendre éclatant comme un exemple à suivre.
Faut suivre : chacun chez soi, on fabrique tout chez nous et, en plus, on diffuse notre modèle à tous les autres. Du protectionnisme universaliste en somme. « Tais-toi quand tu parles », comme disait le père du grand Duduche !
Nous renforcerons nos vieilles alliances et en forgerons de nouvelles et unirons le monde civilisé contre le terrorisme islamique radical, que nous allons éradiquer complètement de la surface de la Terre.
Voilà un objectif qu’il est bon… mais pas un peu utopique, Donald ? T’avais même dit en trente jours, je crois…
Le fondement de notre politique sera une totale allégeance aux Etats-Unis d'Amérique et grâce à notre loyauté au pays, nous redécouvrirons la loyauté envers les uns les autres.
Hey ! vous ! les autres pays ! vous nous mangez dans la main bien gentiment et on sera loyal, sinon…
Quand vous ouvrez votre cœur au patriotisme, il n'y a plus de place pour les préjugés.
Mais quand vous vendez votre âme au nationalisme, il y a encore plus d’espace pour les apriorismes.
La Bible nous le dit "qu'il est bon de vivre quand le peuple de Dieu vit ensemble dans l'unité".
Elle dit aussi : tu ne mentiras point, tu ne feras pas d’impureté, tu ne désireras pas injustement le bien des autres… On rappelle ta biographie Donald ?
Nous devons nous exprimer franchement, discuter nos désaccords honnêtement mais toujours rechercher la solidarité.
La solidarité du coup de massue pour tous ceux qui n’auront pas rallié notre position.
Quand l'Amérique est unie, on ne peut absolument pas l'arrêter.
Le rouleau compresseur, « maaade in USA ! »
On ne doit pas avoir peur, nous sommes protégés, et nous serons toujours protégés.
Le bouton rouge, c’est moi, désormais, alors tenez-vous à carreau.
Nous serons protégés par les grands hommes et femmes de notre armée et de nos forces de sécurité, et surtout, nous sommes protégés par Dieu.
Ouf, il nous a évité : le prochain dieu, ce sera moi !
Enfin, nous devons voir grand et rêver encore plus grand.
Ça va en faire des séances de psychanalyse quand tout ce beau monde aura déçu.
En Amérique, nous comprenons qu'une nation n'est vivante que dans l'effort.
Et surtout dans les forts, les très très forts : moi et moi !
Nous n'accepterons plus des hommes politiques qui parlent et n'agissent pas, tout le temps en train de se plaindre sans jamais rien faire.
Il fallait bien tenter d’égratigner son prédécesseur.
Le temps des paroles creuses est fini. Maintenant, c'est l'heure de l'action.
…et de la pensée creuse qui fait résonner les aberrations.
Ne laissez personne vous dire que cela ne peut pas être fait. Aucun défi n'est assez grand pour le cœur, la combativité et l'esprit de l'Amérique.
Et si quelqu’un vous le dit, éradiquez-le !
Nous n'échouerons pas. Notre pays va être florissant et prospérer à nouveau.
Heu, je crois qu’on a compris… Tout le pays il est grand, tout le pays il est florissant !
Nous sommes à l'orée d'un nouveau millénaire, prêt à dévoiler les mystères de l'espace, à libérer la terre des fléaux et à exploiter les énergies, les industries et technologies de demain.
Pas modeste le gars ! Je vais vous l’empuantir votre millénaire. On se souviendra de mon sublissime passage à la Maison que j’aurai rendu encore plus Blanche que blanche jusqu’au-delà de l’univers…
Une nouvelle fierté nationale va animer nos âmes, élever nos regards et guérir nos divisions. Il est temps de se remémorer ce vieux dicton que nos soldats n'oublieront jamais: que l'on soit noir, métis ou blanc, le même sang patriote court dans nos veines, nous jouissons tous des mêmes libertés et nous saluons tous le même grand drapeau américain.
Ça, c’est pour faire oublier ses papouilles au Ku Klux Klan…
Et qu'un enfant soit né dans la banlieue de Detroit ou dans les plaines balayées par les vents du Nebraska, ils regardent tous le même ciel la nuit, leur cœur est plein des mêmes rêves et ils sont habités du même souffle de vie du Créateur tout-puissant.
On en pleurerait… Le Trump humaniste est-il né ?
Ainsi, à tous les Américains, dans chaque ville, qu'elle soit proche ou lointaine, petite ou grande, d'une montagne à l'autre, d'un océan à l'autre, entendez ces mots: vous ne serez plus jamais ignorés.
Je vous ai à l’œil, mes chers Américains…
Votre voix, vos espoirs, et vos rêves vont définir notre destinée américaine. Et vos courage, bienveillance et affection nous guiderons tout au long du chemin.
… qui sent la noisette…
Ensemble nous allons rendre à l'Amérique sa force. Nous allons rendre à l'Amérique sa prospérité. Nous allons rendre à l'Amérique sa fierté. Nous allons rendre à l'Amérique sa sécurité. Et oui, ensemble, nous allons rendre à l'Amérique sa grandeur.
Quel sens du marketing politique, un petit rappel de son slogan électoral pour finir. Du grand art !
Merci, Dieu vous bénisse et que Dieu bénisse l'Amérique.
… et qu’il m’évite, surtout, de faire trop de conneries. Signé : un tweeter compulsif.